« 20 juin 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16355, f. 171-172], transcr. Mylène Attisme, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11711, page consultée le 08 mai 2026.
20 juin [1844], jeudi matin, 9 h.
Bonjour, mon Toto chéri, bonjour, mon cher amour, bonjour, mon bon bien-aimé ;
bonjour je t’aime. Ne sois pas fâché contre moi. Je t’assure, vraiment, que je suis
très lasse quand arrive le soir et qu’il m’est impossible de mettre un pied devant
l’autre. Cela tient à ce petit surcroît d’occupation que m’a donné la maladie de
Suzanne et peut-être aussi à une
disposition particulière. Mais, le soir, soir, je suis toute pesante et toute
engourdie. Si tu pouvais me faire sortir un peu dans le jour, je reprendrais petit
à
petit l’usage de mes jambes et je pourrais profiter de tous les moments de jour ou
de
nuit que tu pourrais me donner. Je ne t’en veux pas, je te dis cela dans le cas
oùa tu pourrais le faire, voilà tout.
Si tu ne le peux pas, je resterai dans ma chambre avec résignation.
Joséphine est venue chercher sa pétition ;
je lui ai expliqué comme quoi cela n’aurait pas grand succès et je crains de lui avoir
fait de la peine sans le vouloir. Il y a des plaies si vives qu’il est impossible
d’y
toucher sans aggraver la douleur, et la sienne, pauvre fille, est de ce nombre. Enfin,
Dieu sait si je l’aime et si je voudrais lui être utile. Elle le saura plus tard,
je
l’espère, si nous réussissons. En attendant, tu es le plus aimé et le plus adoré des
hommes, comme tu en es le plus beau et le meilleur.
Juliette
a « ou ».
« 20 juin 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16355, f. 173-174], transcr. Mylène Attisme, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11711, page consultée le 08 mai 2026.
20 juin [1844], jeudi soir, 6 h. ½
Je t’attends mon Toto, je ne sors pas de là ; matin, soir, jour, nuit, je t’attends toujours. Je t’ai vu une seconde tantôt et il m’a semblé que tu avais de l’humeur. Je pense que ce n’est pas contre moi car dans ma conscience, je ne fais rien qui mérite ton mécontentement. J’en suis bien sûre. J’ai fait faire les trois matelas.
8 h. ½
Mon amour, mon bien-aimé, ma vie, ma joie, mon âme. Je baise tes chers petits pieds, je te bénis, je t’adore, tu me ravis, tu m’éblouis, tu es mon Dieu vivant.
10 h.
Je t’écrivais cela pendant que Joséphine
était allée me chercher chez elle un œillet en fleur qu’elle m’a forcée d’accepter.
Cette pauvre fille, je l’aurais désobligée en la refusant opiniâtrement, et je me
suis
laissée faire une douce violence. Sérieusement, j’aurais
voulu ne pas lui prendre son œillet ; mais j’ai vu que je lui faisais de la peine
et
j’ai dû céder.
Mon Victor adoré, je t’aime, tu es plus que ma vie, tu es mon
amour. Je t’ai écrit ce gribouillis en trois fois mais quand il s’agit de te dire
ce
que j’ai dans le cœur, je retrouve toujours le fil de mon discours. Les interruptions
ne me font rien à moi. Je t’aime avant, pendant et après, il n’y a pas à se tromper.
Je voudrais bien que tu viennes et quoiqu’il soit horriblement tard, je sortirais comme plusieurs lions féroces.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
