28 août 1841

« 28 août 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16346, f. 181-182], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4335, page consultée le 01 mai 2026.

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Je vous fais faire à dîner, mon cher amour, avec la triste conviction que vous ne le mangerez pas car j’ai la presque certitude que vous êtes à Saint-Prix aujourd’hui1. Ce sera donc une bien grande surprise et une plus grande joie encore si je me suis trompée, ce que je n’ose pas espérer. Je me suis habillée et coiffée à tout événement dans tous les cas où par impossible vous viendriez nous2 prendre pour nous mener à Ruy Blas ce soir3. Hélas !!! hélas !!! hélas !!! et trois millions de fois hélas, ça n’est guère probable et voilà bien des précautions inutiles mais c’est égal, mon cher adoré, je dois te dire que tu es mon bonheur, ma joie, mon soleil et ma vie car c’est la sainte vérité devant Dieu.
Jamais tu n’as été si éblouissant de beauté, de bonté et de génie, c’est une transfiguration complètea. Je te regarde, je t’admire et je t’adore. Laisse-moi te dire cela, mon bien-aimé, de loin et de toute la passion et toute la ferveur de mon amour. Quand tu es là, je n’ose pas te dire ni te montrer mon amour dans toute sa grandeur. Bien souvent je suis tentée de baiser tes pieds et je me fais violence pour ne baiser que tes belles petites mains si blanches, si pures et si divines. Il me semble que, quelle queb soit la distance qui nous sépare dans ce moment-ci, tu dois sentir et rayonner autour de toi et au-dessus de toi quelque chose de l’amour sublime qui me remplit le cœur. Mon Toto bien-aimé, ne te moque pas de moi si dans mon ardeur je dis des mots qui ne sont pas bien et si je mets la charrue devant les bœufs. Je suis une pauvre bête à bon Dieu qui ne sait que t’aimer et t’aimer, tout le reste n’existe pas pour moi. Je t’aime mon Toto. Jour Toto, jour mon cher petit [o ?]. Je te dirai l’âge du capitaine Lambert4.

Juliette


Notes

1 Pendant l’été 1841, les Hugo ont loué à Saint-Prix, dans le Val-d’Oise, un appartement meublé de la mi-juin à la mi-octobre, et le poète y passe du temps de juillet à octobre pour terminer la rédaction du Rhin.

2 Claire, la fille de Juliette, est chez elle depuis le jeudi précédent. Pensionnaire d’un établissement de Saint-Mandé, elle vient souvent passer les fins de semaine chez sa mère.

3 Ruy Blas a été reprise à la Porte-Saint-Martin le mercredi précédent, le 11 août 1841, avec Frédérick-Lemaître et Raucourt. Ce sera un succès et Juliette a assisté à la première représentation.

4 Plaisanterie de Victor Hugo à Juliette qui revient à plusieurs reprises aux mois de juillet, août et septembre.

Notes manuscriptologiques

a « complette ».

b  « quelque ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle assiste à la réception de Hugo à l’Académie Française.

  • 7 janvierÉlection à l’Académie française.
  • 3 juinRéception à l’Académie française.
  • Juillet-octobreVillégiature à Saint-Prix.