« 22 décembre 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16350, f. 311-312], transcr. Laurie Mézeret, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11481, page consultée le 01 mai 2026.
22 décembre [1842], jeudi matin, 8 h.
Je t’écris à la chandelle, mon cher amour, parce que le jour est encore trop douteux
pour le faire sans cela. Comment vas-tu ? Comment m’aimes-tu mon Toto adoré ? Moi
j’ai
mal à la tête et je vous aime plus que de toute mon âme. Je vous écris tout de suite
une grandissime lettre parce que je ne sais pas à quellea heure je serai débarrassée de mon aria
ni dans quel état je me trouverai après. J’aime mieux être en avance qu’en retard
avec
vous, c’est à dire avec moi. Si vous étiez animé du même sentiment, je ne serais pas
si souvent à vous attendre et si souvent triste et malheureuse. Taisez-vous, vous
savez bien que vous n’avez pas de bonne raison à répliquer. Je vous prie de m’apporter
du papier car voici la dernière feuille sur laquelle je vous écris. Je suis sûre que
vous n’y penserezb pas mais enfin
je vous aurai averti et ce ne sera pas ma faute. Jour Toto. Jour mon cher petit o. Je vous aime, qu’on vous dit. Ne soyez pas triste, mon Toto chéri, vous verrez
que vous serez heureux. Baise-moi, mon cher petit homme. Vous êtes un bon petit tranche-montagne1 et vous avez très bien fait honneur à votre surnom
hier soir. Je vous rends cette justice parce que vous la méritez. Cependantc, je voudrais que vos actions
héroïques soient plus fréquentes et plus complètesd encore. C’est à vous à les mystifier et à les perfectionner,
pour cela vous n’avez qu’à repasser vos anciens triomphes si magnifiques et si
foudroyants et dont le souvenir m’éblouit encore à l’heure qu’il est. C’était le
fameux temps et de la fameuse ouvrage d’y penser, j’en suis toute émerveillée. Vous
devriez bien recommencer pour que j’admire à l’aune même et non plus de mémoire comme
je suis forcée de le faire jusqu’à présent. Autre temps, autre Toto. Mais ce n’est
pas
[à ?] lui de me plaindre aujourd’hui car vous avez manifesté cette
nuit de très bonnes intentions … … et même un peu plus que ça. Vous êtes mon Toto
bien
aimé.
J’enverrai chez Guyo dans une
heure. J’espère qu’il y sera et que je n’aurai pas l’ennui de faire revenir l’homme
de
la poste, chose toujours fort désagréable. J’ai encore à me peigner au son, ce qui
n’est pas une petite besogne. Il faut que je me dépêche bien vite. Dieu, quelle
affreuse corvée et que tu aurais bien fait de ne pas me jeter dans cette abominable
machinerie. Maintenant, il n’y a presque plus possibilité de faire autrement mais,
outre que cela m’ennuie horriblement, cela me fatigue on ne peut pas plus. Si j’avais
su ce que c’était, je ne l’aurais jamais commencé. Enfin, c’est fait, il faut la
continuer bon gré mal gré. Mais c’est bien ennuyeuxe. J’attends tantôt avec impatience pour te voir car je sais
bien que tu ne viendras qu’après ta répétition2. Tâche de venir au moins tout de suite
après. Je n’ose pas te dire de penser à moi d’ici là et de m’aimer parce que tu n’en
auras pas le temps. C’est une besogne que je ferai pour toi. Malheureusement elle
ne
peut pas me servir à remplacer la tienne. C’est égal, je la ferai en conscience à
bouche et à cœur, que veux-tu. Baise-moi.
Juliette
1 Tranche-montagne : fanfaron, personne se vantant de son prétendu courage (Source : TLF).
2 Victor Hugo est en répétition des Burgraves, qu’il a présenté au comité de lecture du Théâtre-Français le 23 novembre 2017.
a « qu’elle ».
b « penserai ».
c « cependand ».
d « complettes ».
e « ennuieux ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
son père adoptif, l’oncle René-Henry Drouet, meurt hospitalisé aux Invalides.>.
- 12 et 28 janvierLe Rhin.
- Août-octobreVillégiature à Saint-Prix.
- 23 novembreMort de René-Henry Drouet, l’oncle de Juliette, hospitalisé aux Invalides.
