« 18 octobre 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16350, f. 167-168], transcr. Laurie Mézeret, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11424, page consultée le 05 mai 2026.
18 octobre [1842], mardi matin, 8 h. ¼
Bonjour mon Toto bien aimé. Si vous n’avez pas de remords de votre conduite, c’est
que vous ne m’aimez pas, c’est que vous ne m’avez jamais aimée. Quant à moi, je suis
si triste que je ne sais plus où j’en suis. Peu s’en faille que je ne jette le manche
après la cognée. Je ne crois pas qu’il y ait rien de plus hideux au monde que le sort
d’une vieille maîtresse, sans en excepter les vieux
chevaux, tout ce que j’avais imaginé en ce genre-là n’approche pas de la vérité. Je
suis bien triste, mon amour, si vous me voyiez vous auriez pitié de moi. Claire est partie hier au soir. J’ai cru un moment
qu’on ne viendrait pas la chercher, il était déjà six heures passées. Enfin, Mlle Hureau est
arrivée, très pressée bien entendu. Je lui ai remis l’argent du trimestre et je suis
restée toute seule. Enfin, pour passer le temps ou pour mieux dire pour faire une
affreuse corvée pour laquelle je n’ai pas trop de tout mon courage, j’ai lavé ma tête depuis 10 h. ½ jusqu’à
minuit. J’ai envoyé une lettre par la poste pour prévenir ce hideux Ledon de venir aujourd’hui de bonne heure avec tout
son affreux attirail. Cela ne m’empêchera pas d’envoyer Suzanne et le frotteur au bain tantôt. Quand tu reviendras, mon Toto, je
serai sinon plus jeune et plus pâle qu’hier, du moins plus gaie et plus heureuse
puisque tu seras là. En attendant, je fais tout mon possible pour ne pas me laisser
aller au découragement mais j’ai bien de la peine à y réussir.
Prends garde, mon
Toto bien aimé, de n’avoir pas froid. On dit qu’il a gelé cette nuit et qu’il fait
très froid ce matin. Moi, je n’en sais rien encore puisque je suis encore au lit d’où
je t’écris toutes ces stupides stupidités. Je vais me lever tout à l’heure pourtant
pour passer mes cheveux au son bien vite. Tu seras bien
gentil, mon amour, si tu reviens pour dîner. Je n’ose pas l’espérer pour déjeuner
parce que ce serait presque désirer l’impossible, mais pour l’heure du dîner, vous
pouvez très bien être revenu si vous mettez l’ombre d’une bonne volonté quelconque.
D’ici là, je vais faire tous mes hideux triquemaques et vous désirer de toutes mes forces. Je vous aime, moi. Je ne
vous trouve pas vieux, bête, laid et ROUGE, moi. Je vous adore, moi, voilà la
différence.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
son père adoptif, l’oncle René-Henry Drouet, meurt hospitalisé aux Invalides.>.
- 12 et 28 janvierLe Rhin.
- Août-octobreVillégiature à Saint-Prix.
- 23 novembreMort de René-Henry Drouet, l’oncle de Juliette, hospitalisé aux Invalides.
