« 10 avril 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16362, f. 361-362], transcr. Audrey Vala, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4871, page consultée le 24 janvier 2026.
10 avril [1846], vendredi matin, 4 h. ¾
Bonjour mon cher petit homme, bonjour mon Toto chéri, bonjour mon cher amour, bonjour
je te baise de la pensée et du cœur, en attendant que je puisse le faire des lèvres,
des yeux et de l’âme. Tu as joliment bien fait de revenir cette nuit. Il faut toujours
revenir n’importe à quelle heure. L’essentiel pour moi c’est de te voir et de savoir
que tu vas bien et que tu m’aimes. À quelque heure du jour ou de la nuit que cette
preuve m’arrive, elle est la bienvenue et je la bénis.
Combien je regrette de
n’avoir pas pu assister à Hernani hier. Quelle joie pour moi
d’entendre tous ces applaudissements si intelligents, si naïfs et si abondants.
J’aurais bien donné deuxsous à M. Mélingue
pour cela. Mais ces bonnes occasions là se font rares pour moi : c’est à grand peine
si j’attrape par-ci par-là une pauvre petite représentation tous les deux ou trois
ans. Ce n’est cependant pas faute de m’inscrire au bureau de
location. Cette fois encore je retiens d’avance ma place pour la plus prochaine
représentation d’une de vos pièces. N’importe laquelle, je ne choisis pas. On n’est
pas plus accommodante, j’espère, et ce n’est pas de ma faute si je ne suis pas mieux
servie. Prenez garde qu’à certain exemple fameux je ne porte mon ARGENT et ma PRATIQUE
au GYMNASE DRAMATIQUE1. Eh ! Mais c’est que je le ferais comme je le dis. Qui
est-cea qui serait ATTRAPÉ ?.....
Juliette
1 Juliette se compare à Scribe, qui, à partir de fin décembre 1820, était passé du Vaudeville et des Variétés au Gymnase dramatique, lui apportant une clientèle nombreuse.
a « Qu’est-ce ».
« 10 avril 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16362, f. 363-364], transcr. Audrey Vala, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4871, page consultée le 24 janvier 2026.
10 avril [1846], vendredi soir, 8 h. ½
Je t’écris après m’être déshabillée, mon bien-aimé, et après avoir dîné parce que Suzanne me pressait à cause de son honneur de cordon bleu et surtout à cause de son estomac. Je suis allée chez Joséphine, comme tu sais. Elle était chez elle. Ne connaissant pas d’hôtel garni, elle est venue avec moi et chemin faisant rue Saint-Louis, elle a demandé des renseignements. Voilà tout ce qu’il y a en ce genre dans ce quartier-ci. C’est rue Ménilmontant, une personne qui tient seulement le premier étage meublé, une chambre très bien, 35 F. par mois, 18 F. pour la quinzaine le service compris. De plus cette brave femme fait de la fricassée qui paraît excellente, autant que j’ai pu en juger. La seule difficulté était qu’elle ne voulait pas louer àcondition et voulait que ce fût tout de suite. Du reste, disant qu’il serait possible que sa chambre fût encore vacante lundi mais qu’il pourrait se faire aussi qu’elle fût louée ce soir. Je n’ai rien conclu avec elle, voulant avant tout te consulter. Et puis j’ai pensé que je pourrais très bien donnera les deux adresses au fils Kraft, lequel verrait ce qui convient le mieux à sa mère1 et arrêterait lui-même la chambre. Ce qui vaudrait infiniment mieux en tout état de chose. J’ai pensé avec le célèbre Richi que nous n’avons pas besoin de perdre vingt ou vingt-deux francs et qui plus est risquer de nous compromettre, ce qui est bien autrement grave encore. Tu me diras ce soir si j’ai bien fait. Et puis tu m’embrasseras, et puis tu me pardonneras les ennuis que je te donne par ricochets et puis tu me souriras parce que je suis bien triste d’être revenue seule de chez Mlle Féau et puis tu m’aimeras parce que je t’adore.
Juliette
1 Laure Krafft, amie de Juliette Drouet, a eu deux enfants hors-mariage dans sa jeunesse, puis s’est mariée avec Jean Luthereau, et vit avec lui à Bruxelles. Elle projette une visite à Paris pour une affaire délicate dont on ignore la nature exacte. Juliette veut lui venir en aide sans risquer sa réputation. Elle lui cherche donc un logement pour éviter de l’héberger.
a « donné ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
