« 2 février 1846 » [source : Bnf, Mss, NAF 16362, f. 111-112], transcr. Audrey Vala, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4625, page consultée le 01 mai 2026.
2 février [1846], lundi matin, 9 h. ½
Bonjour mon bien-aimé, bonjour mon Toto adoré, bonjour comment vas-tu ? Moi je suis toute grimaude mais pas grognon. Je souffre un peu partout, ce que j’attribue à certain voisinage et au temps. Tout cela sera dissipé pour quand tu viendras. Tu as si peu de temps à rester auprès de moi et si peu le loisir de me parler quand tu y es que je prends le parti de t’écrire tout ce qui est affaire : cette fois il s’agit de cette pauvre femme qui est venue chercher sa fille hier soir1. Je dois avouer consciencieusementa que la seconde audition lui a été encore plus favorable que la première et qu’il est impossible de suspecter l’honnêteté et la sincérité de cette dame. Elle m’a expliqué d’une manière satisfaisante pourquoi elle n’était pas revenue comme elle me l’avait dit. Elle m’a laissé une partie des papiers concernant son beau-frère que je n’ai pas osé te montrer cette nuit parce que tu étais trop absorbé. Elle doit m’apporter une nouvelle demande de la veuve, la première ne pouvant pas avoir de succès puisqu’elle n’est pas dans la catégorie des veuves ayant droit aux pensions, aux bureaux de timbre, de poste ou de tabac. Tu la verras, cette demande, ainsi que ces papiers et j’espère que tu ne retireras pas ta première bonne promesse. Tu sais qu’il y a un proverbe qui dit que le premier mouvement est toujours celui qu’on doit suivre en toute chose. Maintenant, mon Victor adoré, il me reste à peine assez de place pour t’embrasser mais quelque petite qu’elle soit il y en aura toujours assez pour y mettre tout mon cœur, tout mon amour et toute mon âme. Je t’adore mon Victor.
Juliette
1 À élucider.
a « consciensement ».
« 2 février 1846 » [source : Bnf, Mss, NAF 16362, f. 113-114], transcr. Audrey Vala, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4625, page consultée le 01 mai 2026.
2 février [1846], lundi soir, 5 h. ¾
Déjà parti, mon Victor chéri, et moi qui comptait sur cette soirée pour me rabibocher
de ma journée. Maintenant qu’est ce que je vais devenir jusqu’à minuit car il n’est
que trop probable que vous ne reviendrez pas avant cette heure-là ? Je sais bien que
j’ai la ressource de penser à vous mais c’est un cercle vicieux qui me fait paraître
votre absence encore plus insupportable, cependant je n’ai pas d’autre alternative.
Vous désirer, penser à vous et vous attendre, voilà le seul divertissement que me
permettent mes moyens quand vous n’y êtes pas.
Je viens d’écrire tout à l’heure à
Claire pour qu’elle s’informe auprès de
Mme Marre si
elle veut une petite juive pour pensionnaire. La mère
Sauvageot est venue tantôt me le demander
et je lui ai promis de lui rendre réponse dès que j’en aurais une moi-même. Ce serait
la troisième petite fille qu’elle donnerait à Mme Marre en
moins d’un mois, ce qui n’est pas à dédaigner. Du reste elle m’a remerciée comme si
j’y étais pour quelque chose, de l’accueil tout bienveillant que tu as fait à son
comte [Ostrognoff ?]1. Il paraît que le susdit t’adore et dit
qu’il te doit le seul jour de vraiqu’il ait eu dans toute sa vie. Enfin ses compagnons
d’écritoire l’ont vu rire pour la première fois depuis 6 ans et cela après la
réception que tu as daigné lui faire. Cela ne m’étonne pas et je serais encore pire
que lui si vous vouliez. Baisez-moi, vilain, vous ne méritez pas un amour comme le
mien. Si jamais vous le comparez à un autre vous verrez la différence, il est vrai
que
je serai probablementa morte de
chagrin avant ce temps là et ce sera bien fait.
Juliette
1 Dans la lettre du 14 janvier, Juliette joue sur les mots « ostrogoth » et « strogonoff ». S’agit-il de la famille Stroganov ?
a « problement ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
