« 5 janvier 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 19-20], transcr. Erika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11018, page consultée le 24 janvier 2026.
5 janvier [1837], jeudi, midi ¾
Cher cher petit homme, je suis bien heureuse, je suis bien contente. Vous m’avez
donné du bonheur hier et encore un peu pour ce matin. J’espère que vous viendrez ce
matin très tôt et très longtemps. Je vais renvoyer Claire aujourd’hui, j’enverrai chez Mme Lambin savoir s’il y a quelque
chose qu’on puisse donner à la maîtresse.
Vous savez
que depuis du Vert-Vert1 j’ai une main large et longue
et par conséquent puissante ainsi vous ne serez point étonné que pour profiter
d’avantages dont la nature m’a si largement douée je sois
votre maîtresse dans toute l’acception du mot.
Aussi dès aujourd’hui du côté de
la barbe ne sera pas la toute puissance2 au contraire.
Je t’aime toi.
Je t’écris dans un nuage de fumée qui m’aveugle et qui
m’asphyxiea. Je vais me lever. Je
baise avant vos petites mains blanches et vos pieds roses et autres choses encore
s’il
ne faisait pas si froid. Jour Toto, jour mon
petit bien aimé.
Juliette
1 Le Vert-vert est un journal. On peine à comprendre le sens de cette phrase.
2 Citation de Molière (L’École des femmes). C’est Arnolphe qui parle.
a « asphixie ».
« 5 janvier 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 21-22], transcr. Erika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11018, page consultée le 24 janvier 2026.
5 janvier [1837], jeudi soir, 9 h. ½
Je viens de renvoyer ma Claire à sa
pension. Avant de partir elle m’a chargée d’une commission pour vous dont je ne
manquerai pas de m’acquitter, je vous prie de le croire. Je vous aime comment
trouvez-vous ça ? Oh c’est particulier, c’est incroyable. Ah ! c’est charmant. Je n’oublie pas que vous m’avez sauvé la
vie et je vous en garderai une reconnaissance éternelle. C’est joli et bien
tourné j’espère.
Dieu quel froid sterling
j’ai aux pieds, c’est à en gémir dans tous les tons.
Comme je vous aime et que
vous ne le savez pas, je crois devoir vous en prévenir par tous les moyens qui sont
en
mon pouvoir à commencer par celui-ci. Je vous aime mon petit Toto chéri, je vous
trouve ravisant mon petit Oto, je vous adore mon
petit O. Je vous adorerais encore bien plus si
vous vouliez mêler plus souvent vos nuits à : à quoi ? C’est
très difficile à dire. Voilà ce que c’est d’avoir la manie des citations.
Vos nuits à ce que la timidité naturelle à mon sexe m’empêche de nommer. Je vous
aime, je vous aime, je vous aime, je vous aime, je vous aime, mais par exemple je
vous
adore.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
