« 11 août 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 39-40], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5460, page consultée le 24 janvier 2026.
11 août [1844], dimanche matin, 9 h. ¾
Bonjour, mon bon petit Toto chéri, bonjour, mon cher bien-aimé adoré, bonjour.
Comment que ça va ce matin ? Moi je vais bien. Je t’aime de toute mon âme. Il fait
un
temps ravissant et je serais bien heureuse d’être avec toi au milieu d’un champ ou
sur
le plus ZAUT de la plus ZAUTE montagne. Hélas ! Nous n’y sommes pas, tant s’en faut,
et je n’ose même pas espérer la plus petite promenade SUR LE MOINS ZAUT des
Montfaucon. Aujourd’hui je vais rester avec ma grande fillette toute la journée. Je
ne
me plains pas, au contraire, mais je serais bien plus heureuse si je t’avais là auprès
de moi. Ça n’est pas défendu de sentir et de comprendre son bonheur comme cela,
n’est-ce pas mon Toto ? Baise-moi, mon beau, mon toujours plus adoré Toto, je t’aime.
Clairette fera un très joli petit sac à Mlle Dédé. Si elle
n’est pas contente, ce ne sera pas de notre faute. Je lui aurais volontiers donné
le
mien, mais je lui aurais fait de la peine à cette pauvre grande péronnelle. Aussi,
je
me suis abstenue. D’ailleurs, je crois qu’elle a des intentions particulières à
l’endroit de ce petit sac. Il faut donc la laisser à ses inspirations.
Jour Toto, jour mon cher petit o. Papa est bien i, mais je ne veux pas qu’il demande des nouvelles des T T de Mme Marre.
Taisez-vous, vilain. Que je vous vois dire ça, et je vous fiche des coups.
Juliette
« 11 août 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 41-42], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5460, page consultée le 24 janvier 2026.
11 août [1844], dimanche soir, 10 h. ¼
Mon cher petit bien-aimé, qu’est-ce qu’ila faut que je vous dise pour ne pas vous dire ce que je sens
d’indignation, de fureur, de regret et de chagrin depuis que vous êtes parti ? C’est
donc bien vrai que vous ne m’aimez pas puisque vous n’êtes pas revenu après avoir
pris
le temps seulement de baigner vos yeux ? Je suis triste au fond du cœur, mon cher
bien-aimé : je te le dis doucement pour ne pas t’impatienter ou t’attrister toi-même
dans le cas où tu aurais travailléb et dans le cas, peu probable, où tu m’aimerais comme
autrefois.
J’ai eu la jeune Clémentine1 à dîner à la place
de Joséphine ce soir, et après le dîner je
leur ai lu la Légende du beau Pécopin et de la belle
Bauldour2. Claire la connaissait depuis longtemps, ce qui ne l’a pas empêchée de
rire comme une folle tout le temps de la lecture. Quant à Clémentine, elle était
éblouie et ravie tout à la fois. Moi seule j’étais triste dans le fond de l’âme et
je
faisais de douloureux rapprochements entre ma situation et celle de cette pauvre
Bauldour3. Je ne sais pas si vous faites la chasse : à l’aigle, au milan, au vautour, mais je suis de l’avis qu’il
vaudrait mieux la faire au doux oiseau d’amour4. Un temps
viendra, qui n’est pas très éloigné, où vous regretterez de n’avoir pas employéc votre jeunesse, votre beauté et mon
amour à être le plus heureux des hommes et à me faire la plus heureuse des femmes.
Juliette
1 À identifier.
2 La Légende du beau Pécopin et de la belle Bauldour est la vingt-et-unième lettre du Rhin, volume rassemblant plusieurs lettres de voyage.
3 Fiancée au beau chasseur Pécopin, Bauldour passe le plus clair de ses journées à attendre son fiancé tandis que celui-ci est à la chasse. Alors que les noces approches, Pécopin se voit enrôler pour un long voyage qui durera plus de cent ans.
4 Écho à ce passage de la légende : « LE CORBEAU : Tu fis la chasse à l’aigle, au milan, au vautour, / LA PIE : Mieux eût valu la faire au doux oiseau d’amour ! ».
a « qui ».
b « travailler ».
c « emploié ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
