« 13 juillet 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16355, f. 255-256], transcr. Mylène Attisme, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11735, page consultée le 24 janvier 2026.
13 juillet [1844], samedi matin, 8 h. ½
Bonjour, mon Toto bien aimé, bonjour, mon bien cher, bien admiré et bien adoré Toto. Comment vas-tu ce matin, mon amour ? Tu ne m’en veux pas, n’est-ce pas ? Si tu savais combien je suis malheureuse de cette nouvelle infirmité qui m’arrive, loin de m’en vouloir et de me prendre en grippe, tu me plaindrais et tu m’aimerais pour ce que je souffre. J’ai eu toutes les peines du monde à me rendormir cette nuit et toute la nuit j’ai été agitée comme si on m’avait fouettée avec des orties. Ce matin, ma pauvre tête pèse deux mille livres. Je suis bien ridicule avec toutes mes descriptions de podagreries1. Je t’en demande pardon, mon cher amour. Si j’étais avec toi toujours, cela ne m’arriverait pas. Je serais heureuse, gaie et bien portante et, au lieu de mettre du noir sur du blanc comme je le fais dans ce moment-ci, je mettrais des bons baisers bien tendres sur ta jolie petite bouche rose, ça serait plus amusant. C’est donc votre faute à vous si je geins, si je grogne et si je souffre. Si vous avez un peu de conscience, mon Toto, vous devez m’en aimer davantage. Je te supplie, mon pauvre petit homme adoré, de m’aimer parce que je ne peux pas vivre sans ton amour. Je te supplie de venir le plus que tu peux parce que ta vue, c’est mon bonheur et ma joie. En attendant, il faut que je sois bien courageuse, bien patiente et bien résignée. J’y fais tout mon possible, ma tête en sait quelque chose. Je t’aime, mon Toto chéri, je suis jalouse, je ne te le dis pas parce que je ne veux pas t’ennuyera mais je suis très jalouse. Avec cette disposition d’esprit, tu dois comprendre combien ton absence m’est insupportable.
Juliette
1 Juliette a parfois des crises de goutte.
a « t’ennuier ».
« 13 juillet 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16355, f. 257-258], transcr. Mylène Attisme, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11735, page consultée le 24 janvier 2026.
13 juillet [1844], samedi soir, 9 h.
Mon cher petit bien-aimé, je suis très décidée à vous attendre sans me coucher tout
le temps qu’ila faudra ; coûte que
coûte, j’attendrai. Je n’ai pas besoin, moi, de ne pas vous
voir. J’ai le besoin tout contraire, je vous en préviens ; aussi, je resterai
debout jusqu’à ce que vous soyez venu. Je n’ai pas voulu marcher tantôt parce que
je
sortais du bain, que je n’étais pas habillée et qu’il était trop tard pour se mettre
en train. D’ailleurs, je ne regrette pas ma promenade puisque j’ai passé le même temps
avec toi, cela m’a fait autant de bien comme cela. Ce n’est pas de marcher qui me
fait
du bien, c’est d’être avec toi. Oui, mon cher adoré, c’est la vraie vérité et vous
le
savez bien.
Je suis très contente que tu aies écritb à M. Pradier1 ; si
quelque chose peut lui faire plaisir, c’est une marque d’approbation de toi. Si
quelqu’un peut avoir quelque influencec sur lui, c’est encore toi. C’est pour cela, mon adoré,
que je te supplie d’être bon et cordial avec lui par intérêt pour ma pauvre fille2. Je ne veux pas,
cependant, que cette cordialité aille au-delà de lui personnellement3, tu m’entends bien,
n’est-ce pas, mon amour ? Et tu n’iras pas au-delà du service que je te demande,
n’est-ce pas, mon adoré ? Je t’ai déjà dit que j’étais jalouse ce matin, je te le
répète ce soir parce que, loin d’avoir diminué, ma jalousie s’accroît encore de cette
mauvaise chance que mon dévouement maternel me force d’encourir. Je t’aime, mon Victor
adoré, je t’aime trop.
Juliette
1 Douglas Siler émet l’hypothèse que la lettre de Hugo peut concerner l’expositio ouverte le 13 juillet à l’atelier de Pradier (James Pradier, Correspondance, ouvrage cité, t. III, p. 71, n. 1).
3 Juliette Drouet redoute le contact de Hugo avec la femme de Pradier, Louise.
a « qui ».
b « écris ».
c « quelqu’influence ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
