« 22 février 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16354, f. 205-206], transcr. Chadia Messaoudi, rév. Chantal Brière et Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11615, page consultée le 01 mai 2026.
22 février [1844], jeudi matin, 10 h. ¾
Bonjour mon petit Toto chéri. Bonjour mon cher amour, comment vas-tu ce matin ? Le
temps est beau aujourd’hui et je suis toute seule. Ce serait bien le moment de me
faire des propositions honnêtes. Il est vrai que tu as Académie tantôt ce qui est
bien
plus consolant qu’une pauvre Juju toute blaireuse. D’ailleurs, mon pauvre adoré, je ne
pourrais pas marcher quand bien même tu viendrais me chercher. Je suis toute
courbaturée et hors d’état de mettre un pied devant l’autre. Cela ne m’empêcherait
pas, car rien ne peut m’en empêcher, de trouver votre présence bien douce et d’en
profiter avec toutes les facultésa
de mon corps, de mon cœur et de mon âme. Clairette est partie ce matin, elle va essayer sa nouvelle drogue
pendant quinze jours après lesquels elle reverra son homéopatheb qui me fait l’effet d’un docteur
pour rire. Il est vrai qu’ils le sont un peu tous plus ou moins. Il n’y a que la foi
qui sauve et je crois qu’elle a plus de confiance dans la science de ce
chognosophoko1 que dans celle du Triger de la nature. Chacun son goût.
Je te
remercie, mon cher bien-aimé, de tout ce que tu as dit hier de moi à ma grande
fillette. Peut-être aurait-il fallu moins exagérer mon pauvre petit mérite pour
arriver plus sûrement à l’effet que tu voulais produire, c’est-à-dire à lui inspirer
du respect et de l’estime pour sa mère. Peut-être aussi que ce qui abonde ne vicie
pas. Quoi qu’il en soit je te remercie du fond du cœur, de l’avoir fait, et je t’aime,
mon Toto.
Juliette
1 À élucider.
a « facultées ».
b « oméopathe ».
« 22 février 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16354, f. 207-208], transcr. Chadia Messaoudi, rév. Chantal Brière et Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11615, page consultée le 01 mai 2026.
22 février [1844], jeudi soir, 6 h. ¼
Est-ce que l’Académie se prolonge jusqu’à cette heure-ci, mon Toto ? J’ai peine à
le
croire mais vous aviez sans doute des visites à faire sans parler de votre travail
qui
vous sert d’écran contre l’amour beaucoup trop vif que j’ai pour vous. Vous avez eu
bien raison, mon Toto, de vous moquer des éloges de commande que vous m’avez
distribués si généreusement hier. Cela m’a fait à peu près le même plaisir qu’un
article louangeur qu’un vaudevillistea a fait la veille sur ton propre mérite et qu’il trouve
imprimé tout vif à son réveil. Hélas ! pourquoi faut-il que ma pauvre péronnelle1 ait besoin de pareils stimulants pour aimer et pour
estimer sa mère naturellement comme le premier enfant venu vous aime et estime sa
mère
par cela seul que c’est sa mère.
J’en ai honte pour elle et pour moi. Cependant,
je te prie, mon adoré, et cela très sérieusement de ne plus user de ce moyen qui frise
le ridicule. J’aime encore mieux que ma fille ait une pauvre opinion de sa mère que
de
lui fourrer des fausses qualités et des faux méritesb à aimer et à admirer. C’est dit une fois pour toutes et n’en
reparlons plus jamais.
Je t’attends avec impatience, mon Toto, j’ai bien de
l’amour à te donner, bien des tristesses à te confier, bien de la jalousie et bien
des
inquiétudes à faire dissiper, bien du bonheur à prendre si tu m’aimes et si tu m’es
fidèle.
Juliette
1 Nom donné à sa fille Claire Pradier.
a « vaudeviliste ».
b « mérite ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
