4 février 1844

« 4 février 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16354, f. 133-134], transcr. Chadia Messaoudi, rév. Chantal Brière et Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11596, page consultée le 01 mai 2026.

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Bonjour, mon cher petit bien-aimé. Bonjour, mon adoré petit homme, bonjour, bonjour, je t’aime. Je t’aime, ô oui je t’aime. Si je pouvais toujours te voir et ne jamais te quitter, ce serait le paradis. Mais hélas ! voilà le côté triste de mon amour, c’est que je te vois à peine que j’ai toutes les peines du monde à ne pas me trouver très malheureuse. Voici une phrase qui ressemble beaucoup, dans son genre, à la fameuse phrase de : – Je n’aime pas les épinards etc.1 mais moi je n’ai pas la prétention d’avoir de l’esprit. Je n’ai que celle de t’aimer mieux qu’aucune femme ne pourrait t’aimer. Cette prétention, j’y tiens et je suis prête à la soutenir envers et contre TOUTES, à pied et à cheval, à ongles et à griffes. Clairette cherche depuis une heure ton fameux M. Legroux2 sans pouvoir le trouver. J’ai oublié de te demander ce que c’était. Il serait possible que ce fût une brochure et que la lettre d’envoi fût restée dedans. Si tu viens tout à l’heure, je te demanderai ce renseignement. En attendant, elle furette avec une patience digne d’un Legroux moins fantastique.
Je voudrais, mon Toto, ne pas te tourmenter bêtement et cependant je ne peux pas m’empêcher de te dire que je verrai avec la plus grande inquiétude le voisinage dont tu me parlais hier3. Je sens que ce serait une source de jalousie continuelle. Je t’en suppliea, mon adoré, fais tout ton possible pour que cela ne soit pas. Je compte sur ta loyauté habituelle pour m’épargner ce tourment. Et puis je t’aime, et puis je t’adore et puis je baise tes chers beaux yeux adorés.

Juliette


Notes

1 Il faut sans doute rapprocher ce début de phrase d’une estampe de Henry Monnier ainsi légendée (1830) : « Je n’aime pas les épinards… et j’en suis bien aise… si je les aimais… j’en mangerais… et je ne puis pas les souffrir. » (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b105342700).

2 À élucider.

3 À élucider.

Notes manuscriptologiques

a « suplie ».


« 4 février 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16354, f. 135-136], transcr. Chadia Messaoudi, rév. Chantal Brière et Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11596, page consultée le 01 mai 2026.

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Toto, vous avez abusé de ma confiance en ne venant pas m’embrasser une pauvre petite fois avant votre dîner. Une autre foisa je ne vous dirai pas qui j’attends et si j’attends quelqu’un. Claire Pradier a été chez son nouveau médecin qui a ordonné précisément tout le contraire du traitement ordonné par M. Triger. Nous verrons ce que cela fera. Elle a vu son père de nouveau mais pas plus seul qu’hier. Enfin la voilà contente pour quinze jours, c’est toujours ça. Moi je ne suis pas contente du tout et en vérité il n’y a pas de quoi1. Tenez Toto, je suis furieuse, je ne vous conseille pas de tomber sous ma griffe dans ce moment-ci. Il est probable que vous serez allé à Hernani2 ? Si cela était, j’en serais bien plus triste encore. Je ne peux pas supporter la pensée que tu vas au théâtre sans moi.
J’ai déjà bien de trop de supporter ton absence quand tu travailles mais tout ce qui est le monde, le théâtre, les distractions et les tentations m’exaspère. Je t’aime trop, mon Victor, tout m’est un sujet de crainte et de chagrin. Je trouve que tu ne m’aimes pas assez. Je ne me plains pas de ta bonté, grand Dieu, ce serait nier la lumière, ce serait blasphémer. Mais je sens que tu ne m’aimesb plus de ce bon amour d’il y a onze ans. Je suis bien malheureuse, mon Victor adoré.

Juliette


Notes

1 Juliette reproche souvent à James Pradier de ne pas être assez présent pour sa fille.

2 Hernani est repris au Théâtre Français pour quatre représentations.

Notes manuscriptologiques

a « autrefois ».

b « m’aime ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.

  • Début octobrePetit voyage avec Hugo.