« 5 septembre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 292-293], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8916, page consultée le 24 janvier 2026.
5 septembre [1836], lundi après-midi, 2 h. ½
Mon cher petit homme je pense que vous êtes allé à Fourqueux1 reconduire notre petit Toto, car sans cela je
penserais que vous me trahissez, ce qui ne serait pas drôle du tout. Je viens
seulement de déjeuner pour vous laisser le temps d’arriver dans le cas où vous auriez
été bien intentionné. Mme Lanvin n’est pas encore venue mais j’espère qu’elle ne manquera pas de
parole. Je suis très ennuyéea, ce
qui m’arrive toujours quand vous n’êtes pas avec moi. C’est pour cela probablement
que
vous vous en allez le plus que vous pouvez.
Je me décide enfin à entrer à la
Porte Saint-Martin2, je m’y décide d’autant plus que ma résolution ne porte en rien
préjudice à tes projets pour l’avenir. J’irai donc voir George aussitôt que tu voudras bien m’y mener, et puis après vogue la
galère3. Si je réussis tant mieux pour moi, car c’est à moi
seule que je le devrai. Si je me fourvoieb tant pis pour moi et tant mieux encore puisque je n’aurai
entraîné personne dans ma ruine. Ainsi je le répète rien ne peut m’empêcher de faire
cette démarche. Au moins tout le monde saura que je t’aime en dehors de tout intérêt
et de toute protection. C’est bien quelque [chose ?].
Juliette
1 Depuis l’été, Victor a loué une maison à Fourqueux, entre Saint-Germain-en-Laye et Marly-le-Roi, pour sa famille et ses amis. Il fait des allers et retours fréquents depuis la Place royale.
2 Juliette n’a pas joué depuis trois ans, et ne rejouera jamais. Engagée à la Comédie-Française, elle n’y a jamais été distribuée.
3 Les rapports de Juliette Drouet et Mlle George étaient tendus voire hostiles en 1833, George n’étant pas étrangère à la chute de Juliette dans le rôle de Jane dans Marie Tudor. Maîtresse du directeur Harel, George a toujours une grande influence à la Porte-Saint-Martin.
a « ennuiée ».
b « fourvoye ».
« 5 septembre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 294-295], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8916, page consultée le 24 janvier 2026.
5 septembre [1836], lundi soir, 7 h.
Vous êtes bien traître mon cher petit homme de me faire des contes à dormir debout
comme ceux que vous me faites depuis quelques jours. Écoutez mon cher bien-aimé, si
vous êtes jaloux1, je le suis bien plus que vous et ce que vous éprouvez,
je l’éprouve. Or je suis fort inquiète des allées et des venues que vous faites à
propos de tout. Je crois donc que sans vous déplaire en rien, il serait très possible
que dimanche matin j’allasse avec ma fille voir ce qui se passe à Fourqueux2.
Mme Lanvin n’est
pas venue aujourd’hui, c’est contrariant pour l’enfant. Heureusement que son oreille
va beaucoup mieux aujourd’hui.
Ce matin je m’étais occupée de vous, mais je suis
si triste et si tourmentée de votre absence que je regrette ce que j’ai fait pour
vous
être agréable. Voici ce que c’est : vous avez souvent regretté de n’avoir pas de café après votre déjeuner. Comme nous avons un nouveau laitier
en face notre porte, il y a gros à parier qu’il s’appliquera au moins pendant quelques
temps à contenter ses nouvelles pratiques. Je lui ai donc fait commander un petit
cruchon de crème pour demain. D’autre part, la bonne ayant un moulin à café, j’ai
fait
acheter du café en grains et je
comptais vous faire cette surprise demain. Mais vous n’y serez probablement pas, ni
moi non plus car j’ai une bonne dose de jalousie qui, infusée cette nuit, me portera
à
faire quelque démarche extra-muros, comme nous disons nous
autres savantes.
En attendant je vous baise tout ce que je peux vous baiser en
pensée, et je souffre tout ce qu’on peut souffrir en réalité quand on aime bien et
que
l’on est jalouse.
On vient de venir de chez le bijoutier. Je fais demander
combien on me prendra pour raccommodera mes [illis.] nouvelles.
1 La jalousie de Victor pourrait s’expliquer par le désir manifesté par Juliette de reprendre un engagement à la Porte-Saint-Martin.
2 Depuis l’été, Victor a loué une maison à Fourqueux, entre Saint-Germain-en-Laye et Marly-le-Roi, pour sa famille et ses amis. Il fait des allers et retours fréquents depuis la Place royale.
a « racommoder ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
