« 29 août 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 274-275], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7591, page consultée le 25 janvier 2026.
29 août [1836], lundi matin, 10 h. ½
Voilà déjà longtemps que je suis levée mais je voulais avant de t’écrire, mon cher
bien-aimé, voir la robe future de Didine.
Voici ce que j’ai constaté au grand jour : c’est qu’il n’y avait que de quoi juste
faire la robe en supposant que plusieurs taches que je
n’avais pas vuesa d’abord puissentb s’enlever, ce que je crois. Mais il
faudra la porter aujourd’hui même chez Turlot1. Du reste je persiste à croire que si on peut la
faire cela lui fera une très gentille petite robe.
J’ai reçu une lettre de la
maîtresse de pension qui me mande que c’est pour mercredi à11 h. du matin2. C’est un peu tôt, mais nous en serons
plus vite débarrassésc.
Pauvre petit Toto j’ai été bien grognon ce matin mais j’avais un mal de tête si féroce
que je ne pouvais pas me retenir, mais cela ne fait que te faire aimer davantage.
Je
suis comme le cheval quand il bronche puis reprend un temps de galop pour réparer
sa
sottise et éviter le coup de fouet. Moi quand je bronche je me reprends à t’aimer
plus
encore pour me faire pardonner mes grognasseries.
Il fait bien beau aujourd’hui
mon chéri, j’espère que vous ne comptiez pour cela aller à Fourqueux3. Vous savez que nous
avons Nanteuil pour ce soir.
Juliette
1 Il s’agit d’un teinturier ou d’une blanchisseuse. L’urgence de la course laisse penser qu’il est question de tailler dans une robe de Juliette la robe de mousseline blanche qui sera portée par Léopoldine le jour de sa première communion à Fourqueux, le 8 septembre suivant, telle qu’on la voit sur le tableau d’Auguste de Châtillon, conservé à la maison de Victor Hugo. Ce sera avéré par une lettre du 1er septembre.
2 Le destinataire est visiblement au courant de ce dont il s’agit ; tout ce que nous savons, c’est qu’ordinairement c’est le jeudi que Juliette et Victor rendent visite à Claire Pradier dans la pension de Saint-Mandé où elle séjourne depuis le mois de janvier.
3 Cet été-là, Victor a loué une maison à Fourqueux, entre Saint-Germain-en-Laye et Marly-le-Roi, pour sa famille et ses amis. Il fait des allers et retours fréquents depuis la Place royale.
a « vu ».
b « puisse ».
c « débarrassées ».
« 29 août 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 276-277], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7591, page consultée le 25 janvier 2026.
29 août [1836], lundi soir, 7 h.
Mon cher petit menteur, que je vous aime et que je vous désire, vous n’en êtes pas
moins à Fourqueux. Je suis trop juste pour ne pas comprendre qu’il faut que vous
alliez dans votre famille, mais pourquoi ne faites-vous pas coïncider vos absences
avec les quelques visites que je reçois de deux ou trois pauvres femmes mes amies ?
De
cette façon il n’y aurait pas un double emploi de bonheur et de consolation et
j’aurais quelqu’un à qui parler de vous, ce qui m’empêcherait de sentir avec autant
d’amertume le vide de votre absence.
Je crois même que vous avez prié N. de
contremander notre invasion chez lui. Si c’était vrai, vous seriez plus que coupable,
vous seriez cruel. Car je comptais sur le portrait1 pour me faire prendre en patience le mal
d’attendre, que vous ne connaissez pas vous parce que vous venez quand bon vous semble
et que vous vous en allez de même. Mais moi, c’est différent, je souffre de véritables
tortures, il y a même des moments où je trouve que tout serait préférable à cela :
ATTENDRE.
Cependant que je vous aime, que je vous trouve
le plus grand et le plus noble des hommes, que je t’aime.
Je viens de lire deux
numéros du Monde dramatique. Outre la niaise collaboration
du vieux flonflonneur Brazier2, j’y vois
[poindre ?] l’arc-en-ciel de la rage jalouse et impuissante du Courrier des théâtres, ce qui m’explique le retard et
l’hésitation de l’envoi des susdits numéros. Peut-être me trompé-jea mais dans tous les cas c’est trop
bête et trop plat pour y essuyerb même le talon de ta botte.
À bientôt, pense à moi autant que
je t’aime et tu seras bien vite auprès de moi3.
1 Le N. désigne Célestin Nanteuil, évoqué dans la lettre du matin ; le mystérieux portrait de Victor dont Juliette a parlé à plusieurs reprises serait donc son œuvre, mais il n’est pas parvenu jusqu’à nous : on ne connaît qu’un portrait antérieur de Hugo par Nanteuil, pour le frontispice de Notre-Dame de Paris.
2 Nicolas Brazier (1783-1838), auteur de chansons et vaudevilles très populaires, voire populaciers.
3 Pour une fois, Juliette n’a pas la place de signer.
a « trompai-je ».
b « essuier », graphie d’époque.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
