28 janvier 1842

« 28 janvier 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16348, f. 85-86], transcr. Hélène Hôte, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11128, page consultée le 24 janvier 2026.

Oui, vous êtes un affreux salop, oui, vous en êtes un, oui, oui, je le dirai à tout le monde et à bien d’autres encore. Taisez-vous, homme populaire, taisez-vous et tenez en bride le contraire de VOS APPÉTITS. Je viens de me gargariser, moi, et je n’ai pas tout à fait vomi mais guère il s’en est fallu. Décidément, le remède est nauséabond et s’il n’est pas efficace, il y aura de quoi étrangler l’affreux Triger qui me l’a ordonné. Voilà mon opinion sur le médecin et la médecine. J’ai fait copier à Claire le gendarme MARTEAU1, quant à la vieille servante, je t’ai remis la brochure presque aussitôt l’avoir lue et la preuve, c’est que je ne l’ai plus. Je te conseille néanmoins d’insister pour que le vieux dévouement de cette pauvre vieille SERVARDE ait sa récompense, comme l’action généreuse du gendarme Marteau qui, à l’aide de sa bonne action et de son nom, vient de FRAPPER un grand coup sur tout son avenir de gendarme et d’honnête homme. Quant à la pauvre vieille, il y aurait conscience à lui faire attendre son prix de vertu ; qui sait d’ailleurs si elle a le temps d’attendre 70 ANS ! C’est déjà une fameuse [station ?] dans la vie et sa patience doit toucher à sa fin. Je VOTE donc pour qu’on lui donne tout de suite son affaire sans préjudice du bon Marteau et de tous les autres, s’il y a moyen. Je leur abandonne MA PART, part plus grosse que les autres, si le bon Dieu et les académiciens étaient justes, ce qui ne m’est pas démontré, du moins pas sur l’échantillon que j’ai quelquefois sous les yeux. Taisez-vous, monstre, et surveillez votre POSTE ÉRIEUR, vilain sale. Où êtes-vous en ce moment ? Que faites-vous et qui trahissez-vous ? Moi, probablement. Hum, si j’en étais bien sûre, là, de CES PREUVES, je te crabouillerais sans pitié. En attendant, c’est fort embêtant d’être toujours seule comme un pauvre chien à l’attache dans sa niche. J’ai bien envie de vous en faire une, de niche, en rongeanta ma corde et en me sauvant à l’autre bout de la terre pour voir sib j’y suis. Je suis dans mon droit et vous n’auriez que ce que vous méritez. Taisez-vous.

Juliette


Notes

1 À élucider.

Notes manuscriptologiques

a « rongant ».

b « s’y ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

son père adoptif, l’oncle René-Henry Drouet, meurt hospitalisé aux Invalides.>.

  • 12 et 28 janvierLe Rhin.
  • Août-octobreVillégiature à Saint-Prix.
  • 23 novembreMort de René-Henry Drouet, l’oncle de Juliette, hospitalisé aux Invalides.