« 14 janvier 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16348, f. 37-38], transcr. Hélène Hôte, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11114, page consultée le 01 mai 2026.
14 janvier [1842], vendredi après-midi, 1 h. ¾
Bonjour vilain Toto. Bonjour méchant Toto. Bonjour monstre de Toto. Vous êtes bien
revenu ce matin, n’est-ce pas, et j’ai de beaux exemplaires à lire comme compensation,
n’est-ce pas, scélérat ? Si je vous tenais, je ne vous ferais pas mes compliments
mais
je vous ferais une bonne grimace et je vous flanquerais des giflesa par-dessus le marché. C’est toujours
la même histoire : les autres en ont aux talons, que je n’ai pas encore aux lèvres.
C’est fort ennuyeux, fort injuste et fort bête. Pourquoi n’êtes-vous pas revenu ce
matin ? Ah ! Bon j’oubliais qu’il y a empêchement physiqueb et moral, je me PORTE BIEN et je VOUS
AIME. Bigre, il faut y regarder à deux fois avant de se lancer dans de pareilles
difficultés. Dès que je serai MALADE ou que j’attendrai quelques péronnelles à HEURE
FIXE, alors c’est bien vous serez à votre ENTRÉE. Ia,
ia, monsire matame, il est son sarmes mais d’ici là vous vous abstenez
soigneusement de toute démonstration POLITIQUE ET LITTÉRAIRE envers la pauvre vieille
Juju, c’est très prudent et digne d’un si grand cœur.
Comment vont vos beaux
yeux, comment va ta chère petite tête, mon pauvre amour, car malgré ma juste fureur,
je t’aime, moi. Baise-moi, mon Toto adoré, baise-moi et ne souffre pas, je te pardonne
tous tes trimes. Il fait un vilain temps frais et
humide qui me donne mal à la tête. Et puis je crains que tes bottes ne soient percées
et que tes pieds ne soient mouillés, tâche de venir bien vite ou en changer, ou me
rassurer. Je t’aime, mon Toto chéri, et toi ? Je te désire, mon amour adoré, et
toi ?
Juliette
a « giffles ».
b « phisique ».
« 14 janvier 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16348, f. 39-40], transcr. Hélène Hôte, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11114, page consultée le 01 mai 2026.
14 janvier [1842], vendredi soir, 5 h.
Tu oublies que je t’attends, mon adoré, tu oublies que je t’aime, méchant, et que
je
suis bien malheureuse quand je ne te vois pas. Le temps est bien mauvais à la vérité
mais ce n’est pas un obstacle pour toi et je suis bien sûre que tu es déjà sorti au
moins une fois dans la journée, ou bien autre chose encore de plus ennuyeuxa pour moi. Tu as reçu des visites et
quelles visites ? Des visites de femmes probablement ? Quant à moi, j’ai reçu la
visite de Mme Guérard qui venait chercher son exemplaire et que j’ai rabrouée
convenablement en lui disant que je n’avais pas encore le mien, MOI1. Du reste,
elle m’a parlé des Parents et surtout du mari qui est un immonde salop. Elle m’a parlé aussi de
M. Villemain et ce qu’elle m’en a dit me
rend très suspect vos relations avec le susdit philosophe. Je vous serai fort obligée
de modérer vos fréquentations aux deux endroits susnommés. Enfin, en dernier lieu,
je
tiens plus que jamais à ce que vous n’alliez pas ailleurs que chez moi, à moins que
vous ne préfériez me voir aller aussi de mon côté. Cela vous regarde mais je n’en
démordrai pas. Il fait temps hideux de brouillard et de froid. Prends garde de te
refroidir et surtout viens mettre des bottes neuves si les tiennes sont percées. Ce
sera d’ailleurs un prétexte tout naturel de me faire le plus grand bonheur du monde.
Jour Toto, jour vilain monstre. Baisez-moi. J’espère que le brouillard ne fera
rien à ma pauvre Clarinette mais j’attends
de ses nouvelles avec impatience. Je t’aime toi, scélérat.
Juliette
1 Une partie du Rhin vient de paraître.
a « ennuieux ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
son père adoptif, l’oncle René-Henry Drouet, meurt hospitalisé aux Invalides.>.
- 12 et 28 janvierLe Rhin.
- Août-octobreVillégiature à Saint-Prix.
- 23 novembreMort de René-Henry Drouet, l’oncle de Juliette, hospitalisé aux Invalides.
