« 15 janvier 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16344, f. 43-44], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7649, page consultée le 26 janvier 2026.
15 janvier [1841], vendredi matin, 9 h. ¼
Bonjour mon Toto adoré, bonjour mon cher bien-aimé. Comment vas-tu ce matin, mon
amour ? Moi je vais bien quoique j’aie fort peu dormi. J’ai entendu sonner 3 h. cette nuit sans me sentir la moindre envie de dormir et
j’étais réveillée à huit heures. Tu vois que j’ai très peu dormi et qu’il s’en faut
de
beaucoup que j’aie fait mes HUIT heures. Malheureusement, ceci ne peut pas me compter
dans mon prix de vertu. C’est dommage car enfin il serait bon de rembourrer vingt
ans
de prix Montyona1 par toutes sortes de
choses qui feraientb ventre, sauf à
fermer l’entrée du sac par les BAUTTES SUR LE
LIT2. VOIME,VOIME.
Pourquoi n’es-tu pas revenu ce matin, mon bien-aimé ? Tu me
l’avais tant promis cette nuit que je croyais devoir un peu compterc sur ta promesse, quoique je sache par
expérience combien elle est FALLACIEUSE en tout ce qui regarde mon bonheur. Je ne
veux
pas trop te grogner, mon amour, parce que je sens dans le fond des entrailles que
je
ne t’en veux pas. Je sais que tu as travaillé pour moi et j’ai le cœur plein de pitié,
de reconnaissance et d’amour. Je voudrais baiser tes chers petits pieds et te bercer
dans mes bras. Je t’aime, mon adoré petit homme, avec le cœur et l’âme. Je t’aime
de
tous les amours à la fois, comme une mère, comme une femme et comme une dévote car
je
t’adore.
Juliette
1 Le prix Montyon est un ensemble de trois prix annuels. Le premier, le prix de vertu, et le second, le prix pour l’ouvrage littéraire le plus utile aux mœurs, sont décernés par l’Académie française. Le troisième est un prix scientifique attribué par l’Académie des sciences.
2 La veille, Juliette a reproché à Hugo de laisser traîner ses bottes sur le lit.
a « Monthyon ».
b « ferait ».
c « compté ».
« 15 janvier 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16344, f. 45-46], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7649, page consultée le 26 janvier 2026.
15 janvier [1841], vendredi soir, 10 h. ½
Ma pendule avance de prèsa d’une
heure1, mon cher
adoré. Je ne t’ai pas écrit plus tôtb
parce que derrière toi est arrivée Mme Lanvin qui venait de la pension et de chez la
maîtresse de DESSIN. Son mari ira demain pour la reconnaissance et pour faire
acquitter la note du trimestre qui se monte en tout à 154 F. 25
sous2. Il est vrai
de dire qu’il n’y a qu’un mois de dessin et deux mois de piano, la maîtresse ayant
été
malade et Claire ayant eu des vacances à
notre retour de voyage3.
Bref, sur les 190 F. restant tantôt dans mon tiroir,
l’argent de la reconnaissance donné, je n’ai plus que 25 F.,
mais il me faudra du vin d’ici à deux ou trois jours et deux bouteilles d’élixir pour
nous. Je voudrais même que tu pensassesc à me rapporterd la petite bouteille vide, ce sera toujours deux sous de plus
dans ma poche et j’y tiens beaucoup.
Mon pauvre adoré, je ris mais je n’en ai
pas envie quand je pense comment tu gagnes l’argent que tu me donnes, j’ai plutôt
envie de pleurer et de me sauver à l’autre bout du monde tant j’ai pitié de tes
pauvres yeux et de ton repos que tu sacrifiese si généreusement pour moi toutes les nuits. Mon amour, mon
Toto, ma vie, mon âme, tu ne sais pas comment je t’aime mais je souffre de ton courage
et de ton dévouement et je t’adore à genoux.
Juliette
1 C’est visiblement un choix de Juliette Drouet, puisqu’elle le rappelle à de nombreuses reprises, et ce depuis plusieurs années (voir les lettres du 21 décembre 1840 ou du 21 et 22 janvier 1841).
2 La fille de Juliette Drouet, Claire Pradier, est pensionnaire depuis 1836 d’un établissement de Saint-Mandé où elle suit des cours de dessin et de musique. C’est Hugo qui paie ses frais de scolarité et ce sont les Lanvin qui se chargent d’apporter les règlements des frais de pension, mais aussi d’aller chercher et de ramener la jeune fille lorsqu’elle se rend chez sa mère.
3 Du 29 août 1840 au 2 novembre 1840, soit pendant deux mois, Victor Hugo et Juliette Drouet sont partis pour leur voyage annuel, en malle-poste, pour la région du Rhin et la vallée du Neckar.
a « prêt ».
b « plutôt ».
c « pensasse ».
d « raporter ».
e « sacrifient ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle assiste à la réception de Hugo à l’Académie Française.
- 7 janvierÉlection à l’Académie française.
- 3 juinRéception à l’Académie française.
- Juillet-octobreVillégiature à Saint-Prix.
