« 27 juillet 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16339, f. 161-162], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9428, page consultée le 01 mai 2026.
27 juillet [1839], samedi matin, 9 h. ¾
Bonjour mon cher petit homme adoré. Qu’est-ce que tu pensesa de ta grosse paresseuse de Juju ? J’en
suis honteuse pour ELLE à côté de toi si courageux et si ÉVEILLÉ. Dormir comme une
grande lâche, c’est une honte. Je me serais bien donnéb à moi-même des coups de pieds, mais ça ne
m’aurait pas éveillée probablement car je dors encore, si la pesanteur et le mal de
tête peuvent passer pour du sommeil. Ça ne m’empêche pas de vous aimer encore
davantage, mon Toto.
J’ai envoyéc chez Carcel1 ce matin, il m’a envoyé une petite note explicative que
tu verras et dans laquelle nous aurons à choisir les couleurs les plus solides car tous les prix sont égaux devant la peinture. C’est
demain que Claire vient, c’est demain la
fête. Je te préviens de cela d’avance afin que tu puissesd penser à nous donner un moment si tu
peux. Si tu peux car je tiens par-dessus tout à n’être pas
importune et à te laisser finir le plus vite possible ton travail pour nous en aller
aussi tout de suite après. J’aime mieux la diligence que l’omnibus, voiree même la calèche, la grande route que le
boulevard, les bois et les prés que mes pots de fleurs défoncés, la moisson que le
pacte de famine, et la mer toute seule que les MAIRES des douze arrondissements2. Enfin, j’aime mieux la joie et le bonheur
que la tristesse et l’absence, voilà comme je suis. Aimez-moi comme ça et venez un
peu
plus.
Juliette
1 Bertrand Guillaume Carcel (1750-1812) inventa les lampes lycnomènes ou lampes mécaniques (à huile, à rouages et à piston). Dans sa lettre du 30 janvier 1838, Juliette dit envoyer Suzette « chez Carcel », boutique tenue par la veuve de l’inventeur.
2 Paris intégrera les banlieues limitrophes sous le Second Empire pour arriver à vingt arrondissements.
a « pense ».
b « Je m’aurais bien donné ».
c « envoyer ».
d « puisse ».
e « voir ».
« 27 juillet 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16339, f. 163-164], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9428, page consultée le 01 mai 2026.
27 juillet [1839], samedi soir, 6 h. ¾
Vous devenez de plus en plus insaisissable, mon Toto, mais vous devenez aussi de plus en plus aimé, ce qui ne fait pas le compte du cœur car plus il donne d’amour et moins vous lui donnez de bonheur, ce qui n’est ni juste ni honnête. Enfin il n’y a que la perspective d’un mois de voyage qui me donne le courage de vous faire crédit jusqu’au bout de votre travail. Mais aussi à peine votre pièce finiea, je n’écoute plus rien1. Je réclame tout mon arriéré avec d’affreux cris et je serai dans mon droit. Je viens d’écrire à la mère Pierceau qu’elle ne vienne pas demain. J’ai ma fille, et je ne serai pas très charmée ni toi non plus d’avoir à trimballer la mère Pierceau et son petit à travers la foule, si par hasard tu veux nous mener aux illuminations. Et puis une autre raison encore et qui est tout à fait de ménage, ça ne vous regarde pas. Jour mon petit o, jour mon gros To. Papa est bien i. Baise-moi. Si tu peux me faire marcher ce soir j’accepterai avec plaisir car j’ai bien mal à la tête. Je dis MARCHER et non pas rouler car ce dernier mode de promenade m’engraisse trop et maigrit encore davantage notre bourse. Je veux marcher. Aime-moi mon petit homme chéri. J’ai tant besoin que tu m’aimes, et c’est si juste, que tu serais bien coupable de ne pas le faire. Jour Toto. Jour un petit o. Baisez-moi.
Juliette
1 Hugo vient de se mettre à l’écriture des Jumeaux, qu’il laissera inachevés.
a « fini ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.
- 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
- ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
- 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
- Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.
