« 27 février 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16337, f. 207-208], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3144, page consultée le 24 janvier 2026.
27 février [1839], mercredi après-midi, 1 h. ½
Bonjour, mon cher petit bien-aimé, comment que ça va mon petit homme ? Vous ne
pensez pas à moi, je suis sûre, au milieu de toutes vos denrées coloniales et de vos
innombrables perruches, blanches, vertes, noires et autres. Quanta à moi, AIMABLE DESTINÉE, je reste dans
mon sabot sans le plus petit morceau de BAMBOU, le moindre perroquet, le plus pauvre
petit CANARI. Je suis seule, oubliée, et abandonnée de tous. Le moyen de
[faire ?] du bonheur avec RIEN ? C’est difficile et toutes les leçons
de TRIGONOMÉTRIE n’en viendraient pas à bout : c’est à l’amour comme rien est à tout
plus X. Voilà la seule manière de résoudre ce problème d’une manière qui n’est pas
satisfaisante mais qui est tout à fait désespérante. Il fait un temps ravissant
aujourd’hui. Si tu pouvais me conduire chez Claire, tu me ferais bien plaisir car
chez
la mère Pierceau c’est impossible, et
d’ailleurs j’ai le plus grand besoin d’aller à la pension : voilà bientôt quatre mois
que je n’y ai mis les pieds, et vraiment ce n’est pas assez.
Vous êtes venu, mon
Toto, pour me faire sentir davantage votre impalpabilité.
Dieu merci voilà un mot qui m’a fait joliment courir. QUEL MOT. Mais aussi QUEL HOMME.
Autant l’un est interminable, autant l’autre est fugitif et cependant [illis.].
Juliette
a « Quand ».
« 27 février 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16337, f. 209-210], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3144, page consultée le 24 janvier 2026.
Je sors du bain comme Vénus de la Capitale de l’Angleterrea1 J’espérais que vous viendriez sonner de la conque marine devant moi ou m’essuyer mais je me suis grossièrement trompée. Vous avez mieux aimé rester au milieu de vos bêtes dont je n’ai pas l’honneur de faire partie. Je croyais trouver la pie au nid en me mettant à mon buvard mais je n’ai trouvé qu’une pauvre petite lettre bien courte et bien laconique à un illustre inconnu. Je m’en empare tout de même avec des cris de joie et de reconnaissance envers la providence qui m’envoie ce léger bienfait mais j’aurais mieux aimé, je l’avoue À MA HONTE, une grande lettre bien tendre À MOI ADRESSÉE. Je ne suis pas si bête, comme vous voyez, et je m’entends assez bien en fait de souhait et de désir. Malheureusement personne ne se charge de les réaliser. Je vous aime, vous. Si vous n’êtes pas aussi oiseau que vos serins des Canaries, vous viendrez vous en assurer cette nuit. En attendant, je vais lire mes journaux et cracher sur mes tisons. Tiens, vous voilà c’est très bien, je vous aime.
Juliette
1 Jeu de mots entre « Londres » et « l’onde ».
a « Angletterre ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.
- 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
- ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
- 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
- Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.
