« 8 novembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 96-97], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9602, page consultée le 24 janvier 2026.
8 novembre [1835], dimanche matin, 9 h. ½
Que veux-tu que je te dise après ce qui se passe tous les jours ? Veux-tu que je sois
gaie et contente ? Mais je ne t’aimerais pas si j’étais ainsi, malgré tes absences
de
jour en jour plus longues. Je suis triste parce que je t’aime. Je suis malade et
impatiente parce que je t’aime. Je suis inquiète et malheureuse parce que je crois
que
tu m’aimes moins qu’autrefois. Si tu ne comprends pas cela, tu ne comprends plus
l’amour, et je n’en reste que plus triste et plus malheureuse.
Pour que rien ne
manque à ma félicité, j’ai de plus l’inquiétude de savoir si tu n’es pas souffrant
et
si tes douleurs d’entrailles n’ont pas eu de suite.
Je ferai ma lettre très
courte car je sais que tu ne veux pas que je me plaigne, c’est-à-dire que tu ne veux
pas que je sente. Ainsi, à quand tu pourras, mon cher bien-aimé. Je t’aime, je t’aime
de toute mon âme.
Juliette
11 h. ¼. Je reprendsa ma lettre pour te dire que je ne suis pas fâchée contre toi, que je pense que peut-être tu as été retenu chez toi par les soins qu’il aura fallu donner à ce pauvre cher petit Toto1, que j’aime autant que le grand. Pauvre cher petit ange, tu as bien fait de prendre sur la part de mon bonheur pour le dorloterb et le guérir de son bobo que je baise tout doucement.
J.
Adresse :
À mon cher bien-aimé.
1 Surnom de François-Victor Hugo.
a « je reprend ».
b « dorlotter ».
« 8 novembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 98-99], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9602, page consultée le 24 janvier 2026.
8 novembre [1835], dimanche soir, 8 h. ½
Mon cher bien-aimé, je ne t’en écrirai pas très long parce que j’ai un mal de tête absurde. Mais je voudrais résumer dans le peu que je vais t’écrire toute mon âme, tout mon amour. Je voudrais avec ce mot-là : je t’aime, te faire oublier tout le chagrin que je t’ai fait et que je me suis fait depuis 3 jours. Oui, nous nous aimons. Oui, nous resterons ensemble jusqu’à notre dernier soupir. Oui, tu m’aideras et tu feras de moi une femme à l’abri de la misère et de la prostitution. Oui, tu me rendras ce que j’étais avant ma chute, une honnête femme, et de plus, une bonne mère. J’ai confiance, j’ai espoir, je t’aime.
Juliette
Baise bien notre pauvre petit homme et permet-lui de pleurer un petit peu sans même marcher sur ses chers petits boyaux.
[Adresse]
À mon cher petit bien aimé mari
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.
- 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
- 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
- 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
- 17 octobreLes Chants du crépuscule.
- 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.
