« 25 septembre 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16335, f. 259-260], transcr. Élodie Congar, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3098, page consultée le 04 mai 2026.
25 septembre [1838], mardi après-midi, 3 h. ¼
Mon cher petit bien-aimé, vous me laissez un tas de lettres sur la cheminée, peu encourageant et peu inspirateur, car l’empressement que vous manifestez à lire mes lettres n’est rien moins que flatteur. Je voulais ne pas vous écrire pour vous épargner à vous une impolitesse,à moi un chagrin,mais j’ai pensé que vous feriez peut-être semblant d’en être fâché et je n’ai pas voulu vous donner cette peine. Je vous écris donc de mon encre la plus noire et de mon amour le plus pâle, pour faire des contrastes et pour satisfaire à une exigence absurde comme presque toutes les exigences. Je vous aime, c’est très vrai, mais ce n’est pas une raison pour vous écrire deux fois par jour des gribouillis que vous ne faites pas même semblant de lire. Sur ce, je vous prie de ne pas me trahir au dehors. C’est bien assez de vous avoir indifférent au-dedansa sans encore craindre pour votre fidélité. Je vous aime, je suis triste et de mauvaise humeur. Je vous aime, je vous aime, je vous aime, je vous aime.
Juliette
a « au de dans ».
« 25 septembre 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16335, f. 261-262], transcr. Élodie Congar, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3098, page consultée le 04 mai 2026.
25 septembre [1838], mardi soir, 9 h.
Mon cher petit homme, vous êtes sans doute alléa à Boulogne puisque je ne vous ai pas vu de la journée ? Tâchez au moins de venir coucher avec votre Juju puisque vous n’êtes pas venu ni dans la journée ni dîner. Je n’ai pas encore pu lire ma pièce ni étudier mon rôle malgré toute l’envie et tout le désir que j’en ai. J’avais à peigner ma fille, et moi je n’ai eu fini qu’à l’heure du dîner. Ma pendule avance d’un quart d’heure J’ai compté ma dépense et fait ma couverture. Maintenant je vais m’y mettre d’arrache-pied. J’aime mon Toto. Je suis pas GEAIE mais j’aime mon Toto. Je voudrais le voir mon Toto, je voudrais le baiser, le [tontonner ?], le caresser, le dorloterb, le bichonner, et le ravigoterc, mon Toto. Soir Toto. Je regarderai dans votre bourse ced soir, je verrai ce que vous avez dépensé et malheur à vous si vous avez un sou de moins qu’il ne faut. Baisez-moi, aimez-moi, pensez à moi, désirez-moi et soyez sage.
Juliette
a « allez ».
b « dorlotter ».
c « ravigotter ».
d « ce ce ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle est engagée au Théâtre de la Renaissance, où le rôle de la Reine dans Ruy Blas, écrit pour elle, lui échappe.
- Janvier-févrierReprise d’Hernani à la Comédie-Française (les 20, 23, 25, 27, 29 et 31 janvier et les 6, 9, 12, 18, 21, 23 février).
- MarsReprise de Marion de Lorme à la Comédie-Française (les 8, 10, 12, 15, 17, 20).
- 25 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, toujours avec Mlle Noblet, mais avec Mlle Rabut dans le rôle de Catarina. Dans cette distribution, la pièce est jouée les 7, 11, 14 et 19 août 1838, le 2 septembre 1838, les 7 et 15 février, le 6 mars et le 6 mai 1839, puis encore une fois le 2 décembre 1841.
- MaiAnténor Joly, directeur du Théâtre de la Renaissance, engage Juliette Drouet.
- 12 aoûtHugo lit Ruy Blas achevé à Juliette.
- 18-28 aoûtVoyage avec Hugo en Champagne. Le 19 août, Adèle Hugo adresse une lettre à Anténor Joly pour le dissuader de confier le rôle de la Reine à Juliette Drouet.
- 8 novembrePremière de Ruy Blas au Théâtre de la Renaissance. Louise Beaudoin joue le rôle de la Reine.
