26 décembre 1837

« 26 décembre 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16332, f. 212-213], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11461, page consultée le 07 mai 2026.

XML

Bonjour mon petit bien-aimé. Comment vas-tu ? Moi je ne vais pas et si je ne t’aimais pas de toute mon âme je ne sais pas si je me sentirais vivre tant je suis indifférente à tout ce qui m’entoure. Heureusement que mon amour est là pour me tenir en haleine. J’ai cru que je ne m’endormirais pas cette nuit. J’ai eu de la fièvre, j’ai bu quatre fois et ce matin, avant de t’écrire, j’ai avalé un grand verre d’eau rougie1. Il est vrai que ce soir je serai beaucoup plus tranquille, la certitude que tu seras à Caligula2 ne me laissera rien à désirer, non ! Je suis bien heureuse. Parlons d’autre chose. Je ne vois pas Mme Lanvin. J’aurais besoin de voir Claire et sa maîtresse3. Voilà quatre mois que je n’y suis pas allée. Je t’en prie mon enfant, sacrifie-moi une heure pour ce devoir. Je t’en aurai la plus vive reconnaissance.
Je suis aussi maussade en écriture qu’en personne. Pour que tu ne t’en aperçoivesa pas, il faudrait que je ne t’écrive jamais et que je n’ouvre pas la bouche, chose plus difficile que tu ne crois car je t’aime et mes plaintes en sont la preuve la plus évidenteb. Je t’aime mon Victor. Je t’adore.

Juliette


Notes

1 C’est-à-dire de l’eau à laquelle est ajoutée une petite quantité de vin.

2 Titre de la tragédie en cinq actes et en vers par Dumas père, dont c’est la première ce soir-là au Théâtre-Français.

3 Mlle Hureau.

Notes manuscriptologiques

a « apperçoives ».

b « évidentes ».


« 26 décembre 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16332, f. 214-215], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11461, page consultée le 07 mai 2026.

XML

Vous êtes à Caligula1, mon cher petit homme, et moi je vous aime. Je sais que vous avez eu un très bon mouvement en venant me chercher tantôt, malheureusement je n’étais pas en mesure pour en profiter. C’est un regret de plus à ajouter à tous les désappointements que j’accaparea depuis trois mois. Je te remercie pourtant du fond du cœur de la bonne intention que tu as eueb mon Toto. Je suis seule maintenant et je me rends bien compte de ce qu’il y a eu de bonne affection dans cette démarche. Merci donc, mon adoré, merci. J’étais hors d’état de pouvoir en profiter mais non pas de l’apprécier. La jalousie me fait bien du mal mais ne me rend ni injuste, ni aveugle.
Mme Lanvin est partie. Elle ne reviendra que lundi. D’ici là peut-être aura-t-elle quelque chose de plus positif de M. P.2 car jusqu’à présent je ne vois que des promesses vagues.
J’espère que l’année 1838 sera pour nous moins guignonantec3 que l’année 1837. Ce n’est pas le tout que de s’aimer de toute son âme chacun de son côté. Pour le bonheur il faut pouvoir se le dire souvent et longtemps. Je t’aime, mon adoré. Je t’attends avec toute la patience dont je peux disposer.

Juliette


Notes

1 Titre de la tragédie en cinq actes et en vers par Dumas père, dont c’est la première ce soir-là au Théâtre-Français.

2 James Pradier.

3 « Guignonant » : terme familier signifiant « irritant, impatientant » (Voir Littré).

Notes manuscriptologiques

a « j’acapare ».

b « eu ».

c « guignonnante ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.

  • 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
  • 26 juinLes Voix intérieures.
  • 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
  • 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.