« 29 septembre 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16331, f. 219-220], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7379, page consultée le 25 janvier 2026.
29 septembre [1837], vendredi, 1 h. après-midi.
Je ne me fais pas d’illusion, mon cher petit bien-aimé ; vous voilà parti pour
longtemps. Mais le souvenir de la bonne nuit que nous venons de passer et l’extrême
bonté dont vous avez fait preuve, tout cela me tiendra en haleine et j’espère pouvoir
attendre votre retour sans trop de chagrin noir. Cependant je ne m’engage à rien et
même je vous prie de ne pas vous fâcher si mon courage n’est pas aussi héroïque que
je
le crois à présent.
Tu es donc d’avis mon cher adoré que j’envoie Claire dimanche chez Mme Krafft. Je pense comme toi et je
l’enverrai dimanche matin. Je viens d’écrire à Mme Lanvin pour me plaindre d’avoir
attendu toute la semaine inutilement et pour la prévenir que je croyais être informée
que M. Pradier était à la veille de partir
en Italie et qu’il serait urgent de s’entendre avec lui pour la pension de son enfant.
J’ai bien de l’inquiétude et de l’ennui de ce côté, hélas !
Si je n’avais pas ton
amour qui me tient lieu de tout, il y a longtemps que j’aurais jetéa le manche après la cognée1. Mais tu es si bon, toi, si noble, si
loyal et si généreux, et je t’aime tant que je m’estime avec raison la plus heureuse
et la mieux partagée des femmes.
Jour mon petit pa, jour mon gros to. Vous voyez bien
que moi aussi je serai honnête et que je vous rends bien fidèlement la lettre qui
vous
a manqué hier au soir2. Quand je dis qu’elle vous a manqué
c’est une manière de parler car vous n’en savez pas le compte et cela vous est encore
plus indifférent que le sort de la première perruque de M. Alexandre Dumas. Ce que j’en fais c’est donc pour
moi seule, pour ma satisfaction personnelle. C’est encore bien plus beau. Quelle
plume ! Tant pis pour vous3. Pourquoi ne m’apportez-vous pas mon canif et
pourquoi ne m’aimez-vous pas mieux ?
Juliette
1 Renoncer, abandonner.
2 Juliette n’a en effet pas écrit à Victor la veille au soir, ce qui est exceptionnel.
3 Hugo n’a donc pas lu la lettre du 27 septembre au soir dans laquelle Juliette fait de l’humour autour d’une plume d’oie ; elle en poursuit l’idée en jouant sur le mot « plume » au profit d’un autocommentaire stylistique.
a « jetté ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
