« 21 juin 1849 » [source : MVHP, MS a8228], transcr. Michèle Bertaux et Joëlle Roubine, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12317, page consultée le 01 mai 2026.
21 juin [1849], jeudi matin, 5 h. ½
Avant de partir pour ce triste et pieux pèlerinage annuel1, il faut que je retrempe mon courage et que je puise de la résignation dans ton doux souvenir, mon adoré bien aimé. Si je ne t’avais pas, qu’est-ce que je ferais sur la terre, mon Dieu ? Mais tant que tu m’aimeras, tout ce que tu voudras bien de mon amour, j’aurai le courage de vivre loin de mon pauvre ange envolé. Tout à l’heure, je serai sur la route de Saint-Mandé. Je penserai à toi pour adoucir l’amertume de mes regrets et pour me donner la confiance et l’espoir d’une meilleure vie. De ton côté, mon Victor adoré, ne m’oublie pas, prie pour moi et aime-moi. J’ai le cœur plein d’ineffables tendresses et de douloureuses pensées. Je pleure et je bénis, je souffre et je me cramponne à la vie pour t’aimer plus longtemps. Mon cœur oscille du ciel et à la terre sans oser choisir celui des deux où il aimerait mieux être tant que tout ce qu’il aime et regrette ne sera pas réuni dans la même demeure. Je ne sais ce que je t’écris mon bien aimé, j’ai la tête malade, il me semble que j’achève péniblement un affreux rêve dont ton amour est le réveil. Je te bénis, je t’aime, je t’adore. Pense à moi, plains-moi et tâche de me voir tantôt, j’en aurai bien besoin.
Juliette
1 Juliette se rend sur la tombe de sa fille Claire Pradier, morte le 21 juin 1846, et enterrée à Saint-Mandé.
« 21 juin 1849 » [source : MVHP, MS a8229], transcr. Michèle Bertaux et Joëlle Roubine, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12317, page consultée le 01 mai 2026.
21 juin [1849], jeudi soir, 7 h. ½
Je tâche de me persuader que tu viendras avant d’aller chez Dupin pour ne pas me laisser empoisonner par le
chagrin, ce à quoi je suis trop disposée aujourd’hui. Mais peut-être eût-il été plus
prudent à toi de venir en sortant de l’Assemblée parce qu’à tout prendre, tu es libre
de tes mouvements tandis qu’une fois rentré chez toi, tu ne t’appartiens plus. Si
tu
savais, mon pauvre bien aimé, combien cette journée pèse à mon cœur depuis ce matin,
tu te hâterais d’en venir soulever le poids avec moi afin qu’elle marque moins
douloureusement dans ma vie. Quand je pense à mon isolement et à mon inutilité dans
ce
monde, je me sens prise d’un profond désespoir.
Mon pauvre bien aimé, je manque
de courage et de résignation dans ce moment ci parce qu’il y a bien longtemps que
je
ne t’ai vu et que j’ai peur de ne pas te revoir ce soir, mais dès que je t’aurai
embrassé, dès que tu m’auras dit quelques bonnes paroles de consolation et d’amour,
je
reprendrai ma vie avec courage. Jusque là il faut que je me laisse aller à mon chagrin
contre lequel je n’ai pas la force de réagir et que tu aies l’indulgence et la bonté
de me pardonner. Tâche de venir, mon Victor désiré, et pense à moi dont tu es la
religion sainte.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo est élu à l’Assemblée Législative. Le choléra sévit à Paris. Elle accueille pour la première fois sa sœur, son beau-frère et son neveu venus visiter Paris.
- 13 maiHugo élu à l’Assemblée législative.
- 9 juilletDiscours de Hugo sur la misère.
- AoûtSéjour à Paris de sa sœur, son beau-frère et son neveu.
- 8-17 septembreVoyage avec Hugo en Normandie.
