« 30 décembre 1846 » [source : MVH, α 7827], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1571, page consultée le 02 mai 2026.
30 décembre [1846], mercredi matin, 11 h. ¾
Bonjour, mon aimé, bonjour mon adoré petit Toto, bonjour toi que j’aime, bonjour vous
que j’adore, bonjour comment que ça va ? Moi j’irais très bien, n’était la chose que
tu sais, ce qui m’ennuie on ne peut pas davantage. Je n’ose pas prendre de bain
quoique je sente que j’en ai un extrême besoin. Je veux consulter M. Triger auparavant. Qu’en dis-tu ? En attendant je
pioche. Riez tant que vous voudrez mais je n’en suis pas
moins aux prises avec mes comptes de fin d’année, ce qui n’est pas une petite besogne
pour une Juju sans tête comme moi. Cependant j’espère en venir à bout et vous remettre
au jour dit tous mes comptes apurés et parfaitement en ordre.
Je néglige un peu
ma copie parce que vous m’avez dit que ce n’était pas pressé et que vous n’aviez rien
à me lire tout de suite après. Sans cela je vous prie de croire que je ne me serais
pas fait attendre pour travailler afin de savoir le reste de
mon pauvre scélérat de Jean Tréjean. Ce n’est pas la
curiosité qui me manque, je vous prie de le croire. Mais enfin je sais que vous ne
pouvez pas aller plus vite que les violons et je me résigne tant bien que mala à attendre votre
inspiration.
Je voudrais être à vendredi pour avoir ma
chère petite lettre annuelle. C’est sur elle que je compte pour fermer la plaie de
mon
pauvre cœur qui se rouvre plus grande que jamais dans ce moment-ci par le souvenir
de
ma pauvre fille1…….b
Ce n’est qu’à force de t’aimer et de penser à toi que je parviens à éloigner
l’affreux chagrin qui s’empare de moi. Mon Victor, mon Victor, je t’aime, je t’aime
à
genoux. Tu es ma providence, ma foi et ma religion. Tu es ma vie et plus que ma vie
tu
es ma consolation et ma joie. Je baise tes pieds avec reconnaissance et amour.
Juliette
1 Claire Pradier, sa fille, est morte le 21 juin de cette année.
a « tant que bien mal ».
b Sept points de suspension.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
