21 octobre 1846

« 21 octobre 1846 » [source : Collection particulière / MLM / Paris, 65303 0019/0021], transcr. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2570, page consultée le 24 janvier 2026.

Je t’attends, mon Victor, et je t’aime toutes voiles dehors. J’ai le cœur rempli de toi et je te désire de toutes mes forces. Je suis allée à ce bout de l’an par le temps que tu sais. J’avais une double raison pour ne pas manquer d’y aller à cause du triste anniversaire de mon pauvre ange. Il y a aujourd’hui quatre mois que le bon Dieu me l’a reprise hélas ! que sa volonté soit faite puisque rien ne saurait s’y opposer mais c’est bien difficile à supporter sans murmurer. Mme Guérard est venue tout à l’heure me remercier de cette marque de déférence pour le souvenir de son mari, mais la réalité est que je ne mérite pas tout à fait ses remerciements. Cher adoré bien aimé, je suis revenue de cette triste cérémonie t’aimant plus que jamais et sentant plus que je ne saurais te le dire que tu es ma vie. Le jour où tu ne m’aimeras plus je mourraia. C’est bien vrai, bien pieusement vrai mon Victor adoré.
Je vois venir le beau temps avec un sentiment de reconnaissance envers le bon Dieu parce que j’espère que tu profiteras de ce petit rayon de soleil pour venir me voir un moment. En attendant je me dépêche de faire mes affaires pour rester auprès de toi quand tu viendras. La visite de Mme Guérard et la messe m’ont mise un peu en retard, mais je m’épêche tant que je serai archi prête quand tu viendras. D’ailleurs si je ne l’étais pas je resterais comme je suis, avec ma perruque ébourifféeb et mes mains pleines d’encre. Pourvu que je te voie tout le reste m’est égal. Jour Toto, jour mon cher petit o Je vous dis que vous êtes mon amour béni que je baise et que j’adore.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « mourerai ».

b « ébourriffée ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.

  • 28 marsCrise nerveuse de Claire.
  • 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
  • 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
  • 21 juinMort de Claire Pradier.
  • 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
  • Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
  • 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
  • 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
  • 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.