« 7 octobre 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16364, f. 191-192], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1278, page consultée le 25 janvier 2026.
7 octobre [1846], mercredi matin, 9 h.
Bonjour, mon petit Toto chéri, bonjour, mon cher bien-aimé, bonjour, mon adoré,
bonjour, je t’aime et toi ? Comment vas-tu ce matin et comment vont tes chers goistapious ? Viendras-tu dîner ce soir ? Hum ! ça
n’est guère probable car il me semble que tu m’as dit qu’on devait revenir aujourd’hui
de Villequier1 ? Aussi je ne compte plus du
tout maintenant sur ces rares et si douces bonnes fortunes que les vacances et le
séjour à la campagne me donnent de temps en temps. En voilà pour un an à moins que
vous n’ayez quelque pitié de votre pauvre Juju et que vous ne lui fassiez l’aumône
par-ci par-là d’un dîner ou d’un souper de temps en temps. Je n’ai que cette
chance-là, c’est bien peu de choses comme vous voyez.
Le temps gris et maussade
déteint sur mes pensées, mon Toto chéri, ce qui fait que je ne suis rien moins que
geaie ce matin. Cependant je te rends toute la
justice que tu mérites et je suis bien touchée de tout ce que tu as fait tous ces
derniers temps pour me donner quelques jours de bonheur2. Je t’en remercie du fond
du cœur, mon doux adoré, et je me confie en toi pour m’en donner d’autres chaque fois
que tu le pourras. Je t’aime, entends-tu, mon Toto, je t’aime. J’espère que tu ne
viendras pas aussi tard qu’hier ? En attendant, je m’occupe de toi et je pense à toi,
je te baise et je t’adore et je te supplie d’en faire autant pour moi de ton côté.
Juliette
1 Il s’agit des deux Adèle, l’épouse et la fille de Victor Hugo, qui se trouvaient encore à Villequier chez Auguste Vacquerie.
2 Allusion au voyage en Normandie du 25 au 28 septembre 1846.
« 7 octobre 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16364, f. 193-194], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1278, page consultée le 25 janvier 2026.
7 octobre [1846], mercredi après-midi, 3 h. ½
Est-ce que la journée toute entière se passera comme hier sans te voir un instant,
mon adoré ? J’en ai plus peur qu’envie et je trouve qu’il y a déjà bien longtemps
que
tu devrais être venu baigner1 tes beaux yeux adorés si tu avais le moindre égard pour eux et pour
moi. Peut-être attends-tu ton monde de Villequier aujourd’hui2, mais ce ne sera dans tous les cas que
pour ce soir et tu devrais venir au contraire maintenant pour que j’aie le temps de
te
voir et reprendre du courage pour le reste de la soirée. Dans le cas où tu me ferais
la joie de venir souper ce soir, il faudrait me le dire pour que j’en aie le plaisir
d’avance et pour que je te fasse acheter ce qu’il te faut. De toute façon tu vois
bien
qu’il faut que tu viennes si tu veux me rendre bien heureuse et te faire faire un
bon
souper. En attendant, je vais me mettre à copier3, mais je n’aurai de cœur au ventre que lorsque je
t’aurai vu. Jour Toto, jour mon cher petit o. Je vais devoir acheter du bon raisin, non pas avec mon argent, pas si bête,
mais avec celui de Suzanne. J’ai payé la
blanchisseuse toujours d’après le même système et donné de l’argent pour rassortir
de
quoi faire un corsage à ma robe de mousseline de laine noire.
Voici Eugénie et M. Vilain en voiture qui m’apportent des exemplaires du médaillon de
Claire4
et en même temps la pluie qui tombe à torrents. Il est probable que je leur donnerai
à
dîner. Je ne peux guère faire autrement.
Juliette
1 Victor Hugo, qui souffre de problèmes ophtalmiques, vient régulièrement baigner ses yeux chez Juliette Drouet.
2 Il s’agit des deux Adèle, l’épouse et la fille de Victor Hugo, qui se trouvaient encore à Villequier chez Auguste Vacquerie.
3 Juliette Drouet copie des poèmes de Hugo, qui se retrouveront dans Les Contemplations.
4 Victor Vilain a sculpté un médaillon de Claire Pradier.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
