« 29 mars 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16362, f. 319-320], transcr. Audrey Vala, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4803, page consultée le 06 mai 2026.
29 mars [1846], dimanche matin, 11 h. ½
Bonjour mon cher bien-aimé, bonjour mon adoré, bonjour. Ainsi que j’en étais convenue avec toi je suis allée voir ma fille ce matin. Je suis sortie de chez moi à 8 h. et quelques minutes pour aller prendre l’omnibus. Arrivée à la Bastille, on me dit qu’il faut attendre une heure avant l’arrivée de la première voiture. Ce que voyant, et la pluie commençant de tomber, je suis montée dans un cabriolet mylord que j’ai pris à l’heure. J’ai trouvé Mme Marre qui m’attendait parce qu’elle m’avait fait dire, du moins elle pensait qu’on ferait sa commission, par le domestique de M. Pradier de venir le plus tôt possible, chose que le brave homme n’a pas faite. L’insistance de Mme Marre à me voir promptement venait d’une crise nerveuse que ma fille avait éprouvée le soir et qui l’avait très fort effrayée. Du reste le médecin me paraît pas y ajouter l’importance de Mme Marre et croit que ce ne sera rien et qu’avec des frictions locales et des vésicatoiresa volants à la rigueur on aura raison de cette névralgie. Quant à moi je l’ai trouvée très bien et très rassurée, Claire. Elle croit même qu’on n’aura pas besoin de recourir aux moyens que je viens de t’indiquer. Elle attend son père aujourd’hui qu’elle a fait prier de venir la voir par Charlotte. Quant à venir chez moi Mme Marre m’avait prévenue d’avance que Claire paraissait ne pas le désirer et même le craindre en donnant pour raison qu’elle aurait plus de distraction à la pension. D’un autre côté, Claire que j’ai sondée à ce sujet m’a dit qu’elle désirait rester parce que Mme Marre attendait une inspectrice de l’Université et qu’elle craindrait de la désobliger en sortant dans ce moment-là. Il résulte de tout cela qu’il leur convient mieux à toutes les deux pour un motif ou pour unb autre, de rester ensemble. Et comme jusqu’à présent je ne vois rien de grave et d’alarmant dans l’état de ma fille, je n’ai pas insisté pour l’emmener. Voilà, mon Victor adoré, le récit très embrouillé de ma visite à Saint-Mandé. Demain j’y enverrai Suzanne et puis j’irai la voir cette semaine entre deux ondées. Je suis revenue à 10 h. ¼ chez moi par une pluie battante, après avoir dépensé 2 h. de voitures. Je suis très contente que le domestique de M. Pradier se soit dispensé de faire sa commission hier car cela m’aurait beaucoup inquiétée. Maintenant je crois qu’il n’y a vraiment pas de quoi et puis mon Victor adoré je t’aime de toute mon âme et je te baise de toutes mes forces.
Juliette
a « vésiscatoires ».
b « une ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
