« 1 mai 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16338, f. 115-116], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8314, page consultée le 05 mai 2026.
1er mai [1839], mercredi matin, 11 h. ½
Bonjour, mon petit bien-aimé, bonjour mon adoré. Comment que vous allez ce matin ?
Il
fait bien beau, nous devrions être bien heureux, il ne nous manque que la liberté…
C’est peu de chose mais c’est tout. Vous devriez tâcher, mon amour, de nous mener
voir
le feu d’artifice. Vous savez que j’ai chez moi une petite fille qui ne demande que
plaies et bosses. Quant à moi j’ai un si excessif mal de tête que j’aimerais mieux
le
repos et l’apathie avec vous que de me déranger pour n’importe quel amusement public.
Votre cocotte va mieux, elle boit du lait, ce qui est un bon signe. J’espère que nous
la réchapperonsa. M. Bensancenot n’est point chez lui et sa femme est
partie à la campagne avec les petites filles de sorte que je ne sais encore rien sur
votre miroir, au surplus le mien est à votre disposition. J’en serai quitte pour en
racheter un autre quand il le faudra. Je vous aime, mon Toto. Vous ne me tenez pas
assez compte de cela. Vous vous faites trop désirer. Il faudrait un peu plus de
bonheur dans mes épinards, cela ne gâterait rien. Cependant je me résigne à vous aimer
ainsi toute ma vie.
Donnez-moi votre vec et
pensez à moi.
Juliette
a « réchaperons ».
« 1 mai 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16338, f. 117-118], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8314, page consultée le 05 mai 2026.
1er mai [1839], mercredi soir, 6 h. ¼
Je suis fâchée, pour cette pauvre Claire,
que tu ne puissesa pas nous mener au
feu d’artifice1. Et puis je suis triste que nous ne puissions pas passer ce temps-là
ensemble. Je fais bon marché de la fête mais je fais plus que grand cas d’un moment
passé avec toi. Au reste, mon cher petit bien-aimé, la plus grande preuve d’amour
que
je puisse vous donner après celle de vous désirer de toute mon âme, c’est de vous
regretter de tout mon cœur et de me résigner de toutes mes forces. C’est ce que je
fais en vous priant de tâcher de consoler ce pauvrebDelloyec le plus vite possible.
J’ai un très grand mal de tête
depuis hier, ce qui me donne un faux air de cocotte dont je me passerais fort bien.
De
plus, j’ai mal à mes pieds, ce qui me complèted par les extrémités d’une manière fâcheuse. Vous auriez dû
tâcher de souper avec nous, c’eût été bien plus i au lieu que c’est bête comme tout la fête de Philippe2. J’aimerais mieux autre chose. Je vous aime.
TAISEZ-VOUS.
Juliette
1 Un feu d’artifice est donné pour la fête du roi.
2 Philippe : Louis-Philippe.
a « puisse ».
b « paure ».
c « Delloy ».
d « complette ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.
- 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
- ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
- 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
- Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.
