« 13 mars 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 227-228], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4241, page consultée le 27 janvier 2026.
13 mars [1843], lundi matin, 11 h. ¼
Bonjour, mon Toto adoré, bonjour, mon cher bien-aimé, comment vas-tu ? Croirais-tu
que je ne me souviens pas si tu m’as dit positivement, car
je sais bien qu’il en a été question, s’il fallait que Mme Lanvin allâta chez toi aujourd’hui à midi ? À tout
événement je te l’enverrai lorsqu’elle sera revenue de reconduire Claire.
Je n’ai pas demandé, parce qu’il me
semble que cela va sans dire, si j’aurai une place ce soir. Cependant je regrette
de
ne m’être pas informéeb de ce fait
qui m’intéresse tant. Je crains que tu ne m’oublies et que tu ne t’autorises de ma
confiance imprudente pour me dire que tu n’as pas pensé à moi. Mais dans tous les
cas,
mon cher amour, où vous m’auriez joué ce tour infâme, je ne vous laisserais pas aller
au théâtre sans moi. J’y suis décidée, vous m’emmènerez avec vous et vous me placerez
dans un coin quelconque. Je dirai même à la mère Lanvin de vous demander, si elle vous voit, si vous avez pensé à moi.
Voilà ma pauvre péronnelle1 rebouclée et moi
bien contente de lui avoir fait voir mes sublimes Burgraves.
Tant pis pour le Carême mais je tenais à lui faire cette joie tout de suite à cette
pauvre enfant. J’y ai parfaitement réussi, je n’ai jamais vu une enfant plus
impressionnée et plus stupéfaite d’admiration que ma pauvre péronnelle samedi soir.
Mais moi, moi, mon Toto chéri, je n’ai pas assez vu, pas assez entendu, pas
assez admiré Les Burgraves. Il me faut encore ma
représentation de ce soir et bien d’autres avec pour satisfaire une partie de ma
curiosité, de mon admiration et de mon bonheur. J’irai à pied et je reviendrai à pied
avec un chapeau sur la tête et une vraie chaussure aux pieds. J’irai comme tu voudras, pourvu que j’y aille et
que tu sois avec moi. N’est-ce pas, mon Toto, que tu m’emmèneras encore ce soir et
tous les autres soirs où on jouera ta pièce ? Pense, mon adoré, que privée depuis
si
longtemps du bonheur de t’aimer en chair et en os, je suis avide de tout ce qui est
toi ; et entendre et applaudir tes admirables vers, c’est encore une manière de faire
l’amour. Ne m’ôte pas cette joie, mon adoré, je t’en prie à deux genoux.
As-tu
pris un peu de repos cette nuit, mon cher petit homme ? Il me semble que tu dois être
un peu moins encombré que ces jours derniers ? Pauvre ange, il est bientôt temps de
penser à toi maintenant que ta pièce est lancée, que tes épreuves sont à peu près
corrigées car tu dois être épuisé de fatigue physique et morale. Pauvre adoré, je
voudrais te bercer dans mes bras. Je t’adore.
Juliette
a « allasse »
b « informé »
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
