« 4 avril 1837 » [source : BnF, Mss, NAF, 16330, f. 13-14], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11294, page consultée le 24 janvier 2026.
4 avril [1837], mardi après-midi, 3 h. ¼
Mon cher bijou, je ne veux pas m’en aller sans vous dire un petit bout d’amour. Il
est vrai que j’aurais pu m’en dispenser aujourd’hui vu la grande avance que j’avais
prise hier. QUATRE LETTRES ! Vous voilà vis-à-vis d’elles comme moi avec mes vieux
journaux. Je ne pouvais pas venir à bout de les lire, il m’a fallu pour cela une
longue soirée d’isolement et je vous avoue que je ne désire pas que mes gribouillis
vous fassenta le même effet que la
presse périodique en a fait sur moi. Jour mon
petit Toto. Vous avez été bien doux et bien charmant tantôt, moi seule ai été bête
et
hargneuse. J’en conviens et j’en suis honteuse. Vous m’avez donné une bonne leçon
de
dignité et de modération dont je me souviendrai, je l’espère. Je viens de recevoir
une
visite par la fenêtre qui n’a pas manquéb que de me causer un certain effet. Un jeune homme, habit,
veste et culotte brodés, chapeau à plume sur le coin de l’oreille s’est montré tout
à
coup à mon balcon faisant force révérences et diverses grimaces qui dans son idiome voulait dire : vous êtes charmante, Madame, vous le
seriez davantage si vous me donniez un petit sou et un morceau de sucre, ce que je
n’ai pas eu le courage de lui refuser. Je suis trop franche et je vous dois trop de
sincérité pour vous cacher ma faiblesse mais je ne suis pas très coupable vraiment.
Dans tous les cas je ne veux obtenir mon pardon que de votre seule générosité et si
vous l’exigez absolument je ne vous dirai pas son nom car je ne le sais pas.
Que
je t’aime mon Toto, que je vous aime. Je me dépêche tant que je peux pour ne pas vous
faire attendre mais il faut me laisser le temps de vous dire un petit bonjour et un
petit je t’aime. Jour vous, jour toi. Je baise tes beaux yeux et ta belle barbe poil
à
poil.
Juliette
a « fasse ».
b « manquée ».
« 4 avril 1837 » [source : BnF, Mss, NAF, 16330, f. 15-16], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11294, page consultée le 24 janvier 2026.
4 avril [1837], mardi soir, 5 h. ½
Je ne trouve pas mauvais, mon cher ami, que tu aies des affaires et que tu les fasses. Mais il me semble qu’avec un peu d’attention tu pouvais te dispenser de les faire sans cette coïncidence avec les rendez-vous que tu me donnes. Tu m’as quittéea en me disant de me tenir prête d’ici à 1 h. Pour cela je me suis dépêché de finir ce que j’avais à faire, je me suis extrêmement fatiguée et gênée pour en venir à bout, voilà bientôt trois heures de cela. Et maintenant me voici avec un chapeau sur la tête t’attendant, n’étant ni dehors ni chez moi, dans une fort mauvaise disposition d’esprit et prête à envoyer à tous les diables toi et moi. Je te le répète avec un peu d’attention, tu aurais pu m’épargner toutes ces petites picoteries qui sont de l’excédentb dans la vie embêtante que je mène. Je vais me déshabiller aussitôt que je t’aurai écrit cette lettre, il est maintenant trop tard pour aller demander à dîner chez Mme Pierceau et puis d’ailleurs me voilà rassasiéec pour aujourd’hui. Merci mon cher bien-aimé de tes attentions délicates. Quoique je sois habituée depuis plus de quatre années à tes manières je n’en suis pas moins [sensible ?] à chaque fois qu’elles se représententd. Merci tout à fait de ma journée, une bonne journée et la soirée promet d’être encore meilleure. Merci, ce n’est pas trop.
Juliette
a « quitté ».
b « exécédent ».
c « rassasier ».
d « quelle se représente ».
« 4 avril 1837 » [source : BnF, Mss, NAF, 16330, f. 17], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11294, page consultée le 24 janvier 2026.
[4 avril 1837, mardi,] 8 h. du soir
[J’écris ?] de chez vous pour la seconde fois. Je sais que vous et votre femme dînez en ville. Je vous remercie de votre SINCÉRITÉ. J’envoiea chercher un cabriolet, j’ai besoin de savoir ce que vous faites. J’ignore ce que je ferai.
a « envoye ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
