« 11 juillet 1877 » [source : BnF, Mss, NAF 16398, f. 186], transcr. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1442, page consultée le 04 mai 2026.
Paris, 11 juillet [18]77, mercredi matin, 10 h.
C’est une bonne précaution à tous les points de vue, mon cher bien-aimé, que de faire
l’inventaire de ta malle aux manuscrits et je te remercie de m’en confier la copie
que
je commencerai dès que nous aurons déjeuné. À ce propos, nous aurons la joie de dîner
tous ensemble ce soir. C’est le cas de chanter en chœur et avec cœur ce doux et
suranné refrain : Où peut-on être mieux qu’au sein de sa famille ?1 bis,
ter, re-ter. Il ne me déplairait pas non plus de mettre en action prosaïque cette
poésie Directoire et messidorienne :
Quel plaisir d’être en voyage,
Quel
plaisir-ir-ir d’être en voyage,
Toujours sur notre passage
S’offrent
des-és-és és objets nouveaux,
Toujours, toujours des objets nouveaux2.
etc.
etc. etc.
Pantoufles et sac de nuit, le projet d’hier m’a fait venir l’excursion
au bec bien qu’il soit peu probable qu’il se réalise. Mais c’est déjà un plaisir d’y
avoir songé pendant cinq minutes. Cela me distrait un peu de tous les revenez-y
tristes qui me picotent et me harcèlent à tous les instants de la journée. Le citoyen
Blondeau n’a pas encore fait toucher les
cent francs que tu lui donnes. Peut-être boude-t-il contre cette somme ? c’est ce
que
nous verrons. La femme et l’enfant sont intéressants et je les plains tous les deux.
Lui peut toujours se tirer d’affaires, ne fût-ce qu’avec Le
Rappel. Cher bien-aimé, je te souris et je t’adore.
1 Chanson, tirée de la pièce de Marmontel Lucile, jouée
en 1769, qui devint une sorte d’hymne officiel sous la Restauration où elle était
souvent exécutée devant la famille royale. Les paroles sont :
Où peut-on être
mieux, où peut-on être mieux
Qu’au sein de sa famille ?
Où peut-on être
mieux, où peut-on être mieux
Qu’au sein de sa famille ?
Tout est content,
Tout est content,
Le cœur, les yeux.
Le cœur, les yeux.
Vivons, aimons, vivons, aimons
Comme nos bons aïeux.
Vivons, aimons,
vivons, aimons
Comme nos bons aïeux.
Comme nos bons aïeux.
2 Acte I, scène 16 de Jean de Paris, opéra en deux actes
de Boieldieu et Saint-Just (1812). Le texte exact est :
Quel plaisir d’être en
voyage !
Jamais l’œil n’est en repos ;
Toujours sur votre passage
S’offrent des objets nouveaux.
Ici lieu sombre et sauvage ;
Plus loin,
riant paysage ;
Au murmure des ruisseaux
Qui serpentent sous l’ombrage,
Succède dans un bocage
L’aimable chant des oiseaux.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
la France connaît une grave crise constitutionnelle, et la belle-fille de Hugo, mère de ses petits-enfants, se remarie.
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