9 juillet 1881

« 9 juillet 1881 » [source : BnF, Mss, NAF 16402, f. 152-153], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8441, page consultée le 25 janvier 2026.

J’espère que tu as mieux dormi que moi ; cela me suffit pour prendre en gaîté l’insomnie de cette nuit et les tristesses de tous les jours.
Je ne sais pas encore d’autres nouvelles que celles venues hier au soir, c’est-à-dire prière d’accepter la présidence d’honneur d’une conférence que le citoyen Lullier1 doit faire dimanche en huit à la salle Fernando. Puis les demandes d’empruntsa et de secours accoutuméesb. Quant au Sénat, il n’en estc pas encore question, les journaux n’étant pas arrivés. Mais, pendant que j’y suis, j’appelle ton attention sur ceci que tu as marqué comme étant reçu et employéd : deux sommes de 715 F. chaque, ce qui fait pour les deux 1,430 F. et que je ne peux justifier que de cette façon :
au maire Henry Martin pour ses pauvres… 500 F.
au maire de Boulogne-sur-Mer pour les orphelins… 100 F.
à Mme Lacroix Montferrier …….. 100 F.
au jardinier………… 714 F. 80
total pour ces quatre dépenses 1,414 F. 80
déficit pour ma comptabilité …. 15 F. 20
ainsi que tu pourras le vérifier sur ton livre si tu veux bien t’en donner la peine.
En attendant je profite de mon patron-minette pour te faire double restitus, celle d’hier et celle d’aujourd’hui2. J’ai trouvé sur le bureau une lettre que j’allais mettre sous enveloppe pour la poste mais ne comprenant pas à qui pouvait s’adresser ton chaud et enthousiaste remerciement pour des joujoux merveilleux envoyés à tes enfants, je me suis abstenue de la prendre jusqu’à ce que tu me dises où il faut l’envoyer et à qui.
Je viens de refermer ta fenêtre et je t’ai laissé le baiser de paix et de bon sommeil que je te donne tous les matins. Profites-en pour faire de bons et honnêtes rêves pendant que moi je vais passer en revue toutes les réalités moroses de la vie domestique et autre, comme dirait le bon Lesclide. Et à ce propos, je t’apprends que j’ai accordé un congé de trois jours à Célanie, congé annuel, pour aller voir ses parents. Cela va me donner un peu plus de tintouine pour la maison mais je ne m’en plains pas car la pauvre enfant ne sort jamais et elle est exemplairement laborieuse et dévouée autant que ses forces le lui permettent. Virginie couchera dans son lit pendant ces trois nuits d’absence. De cette façon nous ne serons pas seuls ici. Voilà, mon cher maître, par là même, les choses qui se font et se projettent dans votre maison, puissent-elles avoir votre approbation, pour lesquelles je reste votre fidèle servante.

[Adresse]
Monsieur Victor Hugo


Notes

1 Charles-Ernest Lullier, officier de marine. Affecté à bord du Fleurus en juillet 1867, il avait fait l’objet de nombreuses plaintes liées à son comportement et qui avaient entraîné sa mise en réforme par un conseil de guerre. Lullier n’a jamais cessé de contester cette décision. En 1881, il envoie une requête au Conseil d’État. L’affaire du Fleurus refait alors surface. Le 7 juillet 1881, deux jours avant cette lettre, Lullier s’exprime dans L’Evénement : « La liste des méfaits que vous enregistrez à ma charge à bord du Fleurus ou de je ne sais quel autre navire est exacte, mais incomplète./ Vous avez oublié de dire que j’avais assassiné deux passagers qui voulaient m’empêcher de violer leurs enfants, et qu’après les avoir tués, je les avais mangés. » (Dictionnaire Littré, Gallica et Charles Lullier, le général fou de la Garde nationale de Paris le 18 mars 1871, par Pierre-Henri Zaidman, Gavroche n° 143, septembre-octobre 2005)

2 Juliette n’a pas écrit à Hugo la veille.

Notes manuscriptologiques

a  « empruns ».

b  « accoutumés ».

c  « n’en n’est ».

d  « emploié ».

e « tintoin ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

une partie de l’avenue d’Eylau est rebaptisée « avenue Victor Hugo ».

  • 17 févrierMort de son beau-frère Louis Koch.
  • 4 marsHommage du Sénat à Hugo.
  • 31 maiLes Quatre Vents de l’esprit.
  • 12 juilletUne partie de l’avenue d’Eylau est rebaptisée « avenue Victor Hugo ».