7 décembre 1872

« 7 décembre 1872 » [source : BnF, Mss, NAF 16393, f. 337], transcr. Bulle Prévost, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9981, page consultée le 06 mai 2026.

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Cher bien-aimé, rien n’a manqué à ton entrée tout à l’heure : canon, soleil, amour, tous nous avons crié : PRÉSENTS ! Le canon a fait BOUM ! Le soleil a tiré ses rayons de son fourreau de pluie et moi j’ai dit : Je t’aime ! Si ta nuit, comme je l’espère, a été bonne j’en suis heureuse ; et si tu m’aimes, comme je le crois, quel BONHEUR !!! La pauvre Mme Marquand en avait dans l’aile hier et pouvait à peine parler et se traîner. Quel malheur que cette excellente femme soit en proie à cette dépravation de goût qui la ravale avec tous les Lorgerils1, panachés et [emplumetés ?] de royalisme et de bonapartisme. Hors de là, la pauvre créature, quand elle est à sec de gin, est la meilleure et la plus charmante femme possible. Malheureusement, on ne sait jamais avec certitude dans quel moment il faut la prendre pour éviter son inconvénient soulographique. C’est pourquoi il serait à désirer que d’elle-même elle s’abstînt de venir à la fête des enfants2. C’est bien difficile de le lui laisser sous-entendre mais ce serait bien embarrassant si elle venaita dans l’état où elle était hier. Heureusement que tu trouveras moyen, dans ton ineffable bonté, de tout concilier pour elle et pour tous ceux qui lui tiennent de près : Père, mère et mari. Moi, je les plains tous également. Je vais me mettre dare, dareb, tout à l’heure à copier les nos d’ordre des actions dont je garderai un double pour n’avoir plus à recommencer ce travail fastidieux. Et mon Ségur3 ? Je veux Ségur ! Qu’on m’apporte Ségur ! Ségur for ever ! Ségur ou la mort. Je le demande à cor et à cri ! Tout de suite ! Sans retard, sans remise, sans rémission.


Notes

1 La famille de Lorgeril, issue de la noblesse bretonne. Son descendant direct, Hyppolyte-Louis de Lorgeril est député catholique et légitimiste en Bretagne depuis 1871.

2 Depuis 1862, Victor Hugo organise de manière hebdomadaire un dîner pour les enfants pauvres de l’île de Guernesey dans sa maison de Hauteville-House.

3 Louis-Gaston de Ségur est un évêque qui s’insurgea largement contre Les Misérables. Le 17 décembre 1872, Victor Hugo lui répond dans une lettre (probablement celle que souhaite copier Juliette Drouet et qu’elle évoque) dont voici un extrait : « Il y a dans Les Misérables un évêque qui est bon, sincère, humble, fraternel, qui a de l’esprit en même temps que de la douceur […] d’où il faut conclure que Les Misérables serait un livre admirable si l’évêque était un homme d’imposture et de haine, un insulteur, un plat et grossier écrivain, un idiot vénéneux, un scribe de la plus basse espèce, un colporteur de calomnies de police, un menteur crossé et mitré. Le second évêque serait-il plus vrai que le premier ? Cette question vous regarde, monsieur. Vous vous connaissez en évêques mieux que moi. […] »

Notes manuscriptologiques

a « vient ».

b « dar, dar ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

ils partent à Guernesey pour un an, le temps pour Hugo d’écrire son roman Quatrevingt-treize et d’entreprendre la conquête de Blanche, servante de Juliette.

  • 7 janvierÉchec de Hugo à une élection partielle.
  • 13 févrierHugo retrouve chez le docteur Allix sa fille Adèle, qu’il n’a pas vue depuis le 18 juin 1863. Elle revient de la Barbade.
  • 17 févrierAdèle, fille de Victor Hugo, est internée dans la maison de santé du docteur Brierre de Boismont, à Saint-Mandé.
  • 16 marsActes et Paroles.
  • 7 avrilBlanche Lanvin entre au service de Hugo.
  • 29 maiNaissance de sa petite-nièce Juliette, fille de son neveu Louis Koch.
  • 10 août 1872-30 juillet 1873Séjour à Guernesey.
  • 25 décembreHugo entreprend la conquête de Blanche Lanvin.