« 7 septembre 1854 » [source : BnF, Mss, NAF 16375, f. 287-288], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1650, page consultée le 01 mai 2026.
Jersey, 7 septembre 1854, jeudi, midi ¼
Tu paraissais bien fatigué tout à l’heure, mon cher petit bien-aimé, cela tient
peut-être aux veilles un peu trop prolongées que tu as euesa depuis quelque temps. Aussi, mon bon petit
bien-aimé, je t’engage à les suspendre un peu ou du moins à les abréger beaucoup pour
ne pas compromettre ta santé sérieusement. De mon côté, mon pauvre trop aimé, je te
promets d’être bien bonne autant que peut l’être une méchante gale comme moi.
À
propos de méchante j’ai vu l’inexprimablement bon Asplet1 presque
aussitôt que tu as été parti. Il a payé lui-même le loyer pour servir au besoin de
témoin du congé que j’ai signifié pour le 7 octobre2. En même temps il a demandé des draps blancs
qu’on ne m’a pas encore apportés, probablement pour qu’il ne pûtb pas être édifié sur leur équivoque
blancheur. Du reste il a trouvé des gens doucereux et composés mais laissant percer
néanmoins le projet de me faire un mémoire d’apothi…je me trompe un mémoire
d’aubergiste jersiais sous prétexte d’usure, le mot est significatif et ne demande
pas
une profonde connaissance de la langue locale pour en comprendre toute la beauté et
toute la profondeur. Mais notre bonne Providence Asplet se plait fort de sauver mes
faibles shellings des pattes de ces coupeurs de bourses puritains. Nous verrons
jusqu’à quel point il y réussira ; ce sera une belle passe d’armes à voir. D’un côté
la loyauté et la probité s’escrimant contre la mauvaise foi et la rapacité à armes
normandes. Je ne demande qu’à ne pas payer les frais de la guerre si cela est
possible, ce dont je doute malgré la protection courageuse de notre brave et excellent
ami. Enfin à la grâce de Dieu. Pourvu que tu m’aimes et que je ne te devienne pas
trop
insupportable, je suis heureuse et je ne désire rien de plus.
Juliette
1 Les frères Charles Asplet et Philippe Asplet sont amis de Hugo.
2 Juliette, qui habite à l’Inn Richland au Hâvre-des-Pas, déménagera quelques semaines plus tard pour Plaisance-Terrace, près de l’église Saint-Luc, puis en décembre à la « Maison du Heaume », au Hâvre-des-Pas.
a « eu ».
b « put ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage deux fois, à Plaisance-Terrace, puis au Hâvre-des-Pas.
- JanvierHugo milite pour empêcher l’exécution à Guernesey de l’assassin Tapner, en vain.
- 14 janvierHugo fait répéter Mlle Grave, qui interprètera le rôle de la Reine dans le Ruy Blas qui va être donné à Jersey. Juliette est jalouse.
- 16 janvierReprésentation de Ruy Blas à Jersey.
- 10 févrierExécution de Tapner.
- 11 févrierHugo écrit une lettre à Lord Palmerston pour protester contre l’exécution de Tapner.
- 28 aoûtHugo fait une excursion à Serk.
- Entre le 2 et le 8 octobreJuliette s’installe à Plaisance-Terrace.
- Entre le 12 et le 14 décembreJuliette déménage à la Maison du Heaume, au Hâvre-des-Pas.
