« 25 février 1873 » [source : BnF, Mss, NAF 16394, f. 54], transcr. Maggy Lecomte, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2284, page consultée le 01 mai 2026.
Guernesey, 25 février [18]73, mardi matin, 8 h. 35 m.
Pas de chance encore ce matin mon cher bien-aimé : j’ai eu beau écarquillera mes yeux pour mieux te voir, je
n’en suis pas plus de l’avant pour ça, comme dit le bonhomme de Putron. C’est égal, n’avoir qu’un Mille et ne pas
mettre dedans chaque fois qu’on le vise, c’est vexant. Aussi je ne suis pas Caton
et
je Blonde la destinée pour me venger d’elle, je viens d’envoyer au pauvre petit bébé
Planque une tasse de soupe et un œuf et
j’ai partagé le reste des crêpes et des beignets entre toi, Mme Chenay, les deux bonnes et les
petits Planque qui en seront bien heureux. Je n’ai pas besoin de te dire que les
femmes de Hauteville House n’ont point été oubliées et que j’avais commencé par elles
dès hier en leur envoyant à chacune des pommes et des oranges. J’avais pensé à étendre
mes distributions sous une forme plus sérieuse et plus utile jusqu’à concurrence de
nos vingt francs, à moi appartenant, mais tu me l’as déconseillé, j’obéis. Seulement
je te fais remarquer de nouveau qu’il me faudrait thésauriserb pendant plus d’années que je n’ai à
vivre pour arriver à décrocher l’objet de mon ambition. Cela étant, ne vaut-il pas
mieux que je fasse flamber un peu de feu dans le foyer éteint de la pauvre famille
Planque et un peu de joie dans l’âme de ces six petits êtres dont l’aîné n’a pas
encore neuf ans ? Je te le demande ainsi qu’à Petit
Georges et à Petite Jeanne en
me soumettant d’avance à votre réponse collective : « le bien qu’on fait parfume
l’âme, on s’en souvient toujours un peu », ton grand et généreux cœur doit être
encombré de ces souvenirs là depuis le temps que tu les accumules et je ne m’étonne
pas que ton âme sente si bon. Je voudrais bien tâter un peu de cette parfumerie qu’on
ne trouve pas chez Rimmel1. Cette bonne odeur remplirait avec avantage demain le bouquet
traditionnel de la fête anniversaire de ta naissance : Vive Papapa ! Vive Petit Georges ! Vive Petite
Jeanne !c Vive tous les Petits Pauvres ! Vive tous ceux que nous aimons et qui nous
aiment ! Vive la République !d
Vive madame Alice ! Vive mon oncle
Totor2 !
1 Parfumeur français, inventeur du mascara.
a « écarquillier ».
b « thésoriser ».
c Croix entourée de quatre points :

d À la ligne, la même croix entourée de quatre points.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils rentrent à Paris après la fin de l’écriture de Quatrevingt-treize. Épuisée par les infidélités de Hugo et le soupçon, elle disparaît quelques jours, pendant lesquels il est au désespoir. François-Victor, second fils de Hugo, meurt d’une tuberculose rénale.
- 10 févrierReprise de Marion de Lorme au Théâtre-Français.
- 1er juilletBlanche quitte Guernesey.
- 12 juilletBlanche revient secrètement.
- 21 juilletBlanche repart pour Paris.
- 31 juilletHugo et Juliette Drouet arrivent à Paris.
Blanche avoue à Hugo l’avoir trompé. Il lui pardonne. - 14 aoûtPaul Meurice est démis de ses fonctions de rédacteur en chef du Peuple Souverain par ses actionnaires. Le journal se sépare du Rappel, dont il était l’émanation.
- 19 septembreAyant découvert une lettre d’amour adressée à Hugo, Juliette fuit à Bruxelles.
- 26 septembreRetour de Juliette Drouet à Paris.
- 4 octobreAprès avoir loué pendant deux mois une petite maison à Auteuil, ils s’installent 55 rue Pigalle.
- 26 décembreMort de François-Victor Hugo, de la tuberculose.
- 28 décembreEnterrement de François-Victor au Père-Lachaise.
