15 mars 1873

« 15 mars 1873 » [source : BnF, Mss, NAF 16394, f. 71], transcr. Maggy Lecomte, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2318, page consultée le 25 janvier 2026.

Tu fais bien de ne pas te lever mon grand bien-aimé, c’est le temps ou jamais de pioncer et de s’indulger. Il fait nuit, il fait froid, il fait laid, il fait triste. Et moi qui croyais au printemps hier ! À ben ouiche ! Cours après ! Tout ça ne serait encore rien s’il n’y avait pas de pauvres marins en butte à la tempête dans ce moment-ci même et de pauvres malades qui attendent après un rayon de soleil pour guérir. À ce propos, il parait que le pauvre petit Planque est dans un état désespéré depuis deux jours. D’après ce qu’on me dit, ce serait le croup1 car il râle et ne peut rien avaler. Pauvre petit martyr de la misère, on hésite à lui souhaiter la vie. Il faut laisser faire Dieu et prier. Je vais envoyer cinq francs à la mère tout à l’heure, cela la dispensera peut-être d’aller à sa journée pendant que son petit agonise et aidera à donner du pain aux cinq autres. Il ne me reste plus que dix francs des vingt que tu m’avais donnés pour cela, je les ménage le plus possible dans l’intérêt même de cette malheureuse famille. Mais quel temps ! C’est à se croire au plus mauvais temps de l’hiver. J’espère que ton sommeil prolongé ne veut pas dire que tu as passé une mauvaise nuit, ce serait bien triste.
Quant à avoir des nouvelles de Paris aujourd’hui je crois qu’il n’y faut pas compter car la nuit a été très tourmentée.

8 h.

Te voilà, mon pauvre adoré ! Sois béni ! Je t’ai vu, je suis heureuse et je remercie Dieu et je t’aime et je t’adore de toute mon âme.


Notes

1 Infection respiratoire qui pouvait être mortelle. Dans L’Intervention, pièce de Hugo écrite pendant l’exil, la petite fille des deux ouvriers en était morte.

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

ils rentrent à Paris après la fin de l’écriture de Quatrevingt-treize. Épuisée par les infidélités de Hugo et le soupçon, elle disparaît quelques jours, pendant lesquels il est au désespoir. François-Victor, second fils de Hugo, meurt d’une tuberculose rénale.

  • 10 févrierReprise de Marion de Lorme au Théâtre-Français.
  • 1er juilletBlanche quitte Guernesey.
  • 12 juilletBlanche revient secrètement.
  • 21 juilletBlanche repart pour Paris.
  • 31 juilletHugo et Juliette Drouet arrivent à Paris.
    Blanche avoue à Hugo l’avoir trompé. Il lui pardonne.
  • 14 aoûtPaul Meurice est démis de ses fonctions de rédacteur en chef du Peuple Souverain par ses actionnaires. Le journal se sépare du Rappel, dont il était l’émanation.
  • 19 septembreAyant découvert une lettre d’amour adressée à Hugo, Juliette fuit à Bruxelles.
  • 26 septembreRetour de Juliette Drouet à Paris.
  • 4 octobreAprès avoir loué pendant deux mois une petite maison à Auteuil, ils s’installent 55 rue Pigalle.
  • 26 décembreMort de François-Victor Hugo, de la tuberculose.
  • 28 décembreEnterrement de François-Victor au Père-Lachaise.