9 novembre 1843

« 9 novembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 29-30], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11534, page consultée le 24 janvier 2026.

Bonjour mon petit Toto chéri, bonjour mon cher amour. Comment vas-tu ce matin ? As-tu pris quelque repos cette nuit ? Tu n’as pas eu froid ? Mon pauvre petit homme chéri, il faut tâcher de n’avoir pas froid quand tu travailles la nuit parce que cela peut te redonner tes douleurs et te faire beaucoup de mal. J’ai très mal à la tête et à la gorge ce matin. Je ne sais pas à quoi cela tient car j’ai tout ce qu’il faut pour n’avoir pas ce genre d’indisposition. Quoi qu’il en soit, j’ai une migraine atroce ce matin.
Je t’écris avec Cocotte sur mon doigt à moitié endormie. Elle est très drôle en ce qu’elle grogne chaque fois que la plume crie un peu plus fort sur le papier. Pauvre petite bête, je serai bien triste le jour où il faudra que je m’en sépare car je prévois qu’il faudra que je m’en sépare à cause de Jacquot. Les deux petites bêtes seraient probablement jalouses l’une de l’autre. Je le crains. Enfin nous verrons quand nous y serons. Ce qui me consolera, si je suis forcée de la donner, c’est la pensée qu’elle ira à ma chère petite Dédé. Ce sera deux bonnes petites personnes ensemble.
En attendant, j’écrirai aux Lanvin pour leur dire de passer chez moi pour la presse et le cousoir1. Mais il ne faudra pas oublier de ton côté de m’apporter le plus grand modèle de tes manuscrits. En même temps j’enverrai le paquet de haillons à nettoyer. Peut-être y trouvera-t-on quelques morceaux utiles quand tout sera propre.
Voici un temps qui va me forcer d’aller au bois bientôt. Pas demain à cause du jour mais samedi s’il ne pleut pas à torrents. Grâce à toi, je suis toute prête, pauvre adoré bien-aimé, tu vas au devant de tous mes besoins et au-delà ? Sois béni, mon cher bien-aimé pour tant de dévouement et pour tant de générosité. Je baise tes chers petits pieds. Pense à moi mon Toto bien-aimé et tâche de venir dans la journée si tu peux. En attendant je ne vais que penser à toi et te désirer de toute mon âme.

Juliette


Notes

1 Cousoir : appareil en bois servant à la reliure.


« 9 novembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 31-32], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11534, page consultée le 24 janvier 2026.

Je tiens beaucoup à t’écrire au clair de la lune, mon ami Toto. J’aurais grand besoin que quelqu’un me prête une plume pour écrire un mot car la mienne refuse le service. Cela ne m’empêchera pas, cependant, de vous dire que vous êtes un méchant homme de n’être pas venu me voir dans la journée. Je sais ce que vous allez me dire d’avance, mais je sais aussi ce que je vous répondrai : – taisez-vous, vous êtes un vilain monstre, voilà tout.
J’ai écrit aux Lanvin tantôt, en leur envoyant les morceaux d’étoffes à nettoyer pour la presse et le cousoir. Seulement, il ne faut pas que tu oublies d’apporter la grandeur de ton papier pour les ais.
Il a fait aujourd’hui un temps comme je l’aime, un peu froid mais sec, j’aurais bien voulu sortir mais ce n’est pas pour moi que le froid chauffe. Un jour de pluie battante tu viendras me chercher pour me faire faire une promenade sur les boulevardsa. Ce sera très spirituel et j’irais avec le plus vif empressement. Voime, voime, beaucoup de talent. À propos de talent ma servarde a cassé le bouton en cuivre de la plaque de la cheminée de ma chambre de sorte qu’il est impossible de la baisser maintenant. L’ennui de cela, c’est qu’il va falloir avoir l’embarras d’un serrurier. Rien ne m’est plus odieux que ces petits accidents intérieurs qui vous forcent à recourir à des ouvriers. Enfin, il vaut encore mieux cela qu’une chose sérieuse mais je m’en serais bien passé.
Bonjour mon Toto chéri. Je vous aime mais vous ne venez pas assez.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « boulevarts ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.

  • Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
  • 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
  • 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
  • PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
  • 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.