« 6 août 1840 » [source : BnF, Mss, NAF 16343, f. 77-78], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9272, page consultée le 25 janvier 2026.
6 août [1840], jeudi matin, 9 h.
Bonjour mon effronté. Eh ! bien qu’est-ce que vous dites de votre aplomb, scélérat, et de mon pressentiment ? Cet affreux Bernard je finirai par le prendre en horreur car c’est toujours sous son nom que vous vous éclipsez. Que le diable l’emporte et vous ramène le plus tôta possible car je ne suis rien moins que gaie de vous savoir à six lieuesb de moi1. Je suis levée depuis sept heures du matin mais depuis ce temps-là j’ai préparé de l’ouvrage à l’ouvrière, fait faire le ménage, labouré mon jardin et fait votre tisanec. Pour vous donner le temps d’arriver déjeuner je me débarbouillerai et je me coifferai en vous attendant. La mère Pierceau viendra sans doute aujourd’hui ce qui me dispensera de vous dire de m’y mener. MÈNE-MOI CHEZ LA MÈRE PIERCEAU, mène-moi chez la mère Pierceau, mène-moi chez la mère Pierceau, mène-moi chez la mère Pierceaud. Voici le temps remis au beau et nous n’avons pas l’air de vouloir en profiter ce serait cependant bien le CAS d’en profiter ou jamais. C’est-à-dire jamais pour le beau temps mais je veux profiter du vilain temps ou mourir. Je n’ai que ce seul bonheur-là dans l’année et si on me l’ôte c’est pas la peine de vivre et de vous aimer de toute mon âme comme je le fais. Aussi la pluie, le vent, la grêle, la neige ou le soleil, tout m’est égal pourvu que je sois bien loin de Paris avec toi. Je t’aime mon Toto chéri. Je t’aime de toutes mes forces. J’aimerais mieux avoir perdu mes dix sous cette nuit que de les avoir gagnés. Mais vous n’en êtes pas moins le plus fourbe et le plus faux des hommes décidément. Baisez-moi scélérat et revenez tout de suite, je vous pardonne.
Juliette
1 Hugo se rend régulièrement à Saint-Prix où sa famille est en villégiature.
a « plutôt ».
b « lieux ».
c « tisanne ».
d La graphie de cette répétition est décroissante.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent sur les bords du Rhin.
- JanvierHugo devient président de la Société des Gens de Lettres.
- MaiLes Rayons et les ombres.
- Mai-aoûtVillégiature à Saint-Prix.
- 11 juinSa sœur Renée épouse Louis Koch (né en 1801).
- 29 août-1er novembreVoyage sur les bords du Rhin et dans la vallée du Neckar.
