« 1 mars 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 153-154], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.721, page consultée le 01 mai 2026.
1er mars [1836], mardi matin, 11 h. ½
Bonjour cher bijou, bonjour mon cher petit ange.
J’ai une mauvaise nouvelle à
t’apprendre : Claire est malade, je viens de
la faire coucher dans mon lit, ne pouvant pas la surveiller moi-même dans sa chambre.
Je crains qu’elle n’ait attrapé, aussi elle, une fluxion de poitrine. Je serai dans
une mortelle inquiétude jusqu’à ce que le médecin l’ait vue. Tu vois mon pauvre ange
que je ne suis pas née COIFFÉE comme on dit.
Mais je t’aime, voilà mon talisman
contre toutes les infortunes et contre tous les maux que le mauvais sort m’envoie.
Je t’aime mon adoré. Je t’aime mon Victor chéri. Je te le dis en deux mots aussi
bien qu’en deux mille, seulement, le plaisir de te le dire est moins long. Mais je
souffre, j’ai passé une nuit médiocre, c’est ce qui me fait raccourcir mon bonheur.
Je
t’aime.
Juliette
[Au-dessous et verticalement :] À toi, mon adoré
« 1 mars 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f.155-156], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.721, page consultée le 01 mai 2026.
1er mars [1836], mardi soir, 8 h.
Nous avons été tous les deux très bêtes et très méchants aujourd’hui, mais je dois
te
rendre la justice de te dire que tu as commencé le premier, à tout seigneur tout
honneur. Maintenant nous ne nous devons plus rien. C’est-à-dire : si, vous me devez,
vous, beaucoup d’amour pour celui que j’ai pour vous, vous me devez en outre beaucoup
de tendresse pour toute celle que vous ne me donnez pas depuis que je suis malade.
Je
ne vous dois rien, moi, car je suis toujours en avance d’amour et de caresses avec
vous. Je t’aime mon Toto, je t’aime mon adorable, je vous N’AIME.
Je suis
aveuglée par la fumée, mais c’est égal, je tiens bon. Je pleure et je t’écris le cœur
joyeux, de même il m’arrive souvent d’avoir une boutade sur les lèvres et un amour
ineffable dans le cœur. Il faut attribuer cela à une cheminée qui
fume et pas à autre chose. Je ne sais pas si je suis compréhensible pour toi,
mais je sais que je me comprends et que je t’aime. Je te baise mille fois sur tes
yeux, deux mille sur ta bouche, et sur les autres parties du corps, autant de fois
que
tu as de cheveux.
J.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
