« 5 décembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 183-184], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9692, page consultée le 25 janvier 2026.
5 décembre [1835], samedi matin, 10 h. ½
Bonjour, mon adoré, bonjour, mon chéri, je t’aime. M’entends-tu ? Je t’aime. Je pense
à toi avec amour et attendrissement en songeant à tout ce que tu fais tous les jours
pour moi.
J’ai vu tout à l’heure la dame de Mme Guérard. Elle a emportéa la fameuse robe pour s’assurer
sur ses patrons si elle pouvait en tirer parti. Je serais bien contente que cela pût
te faire une bonne robe bien chaude pour te garantir du froid quand tu travailles
pour
moi la nuit.
Je viens de recevoir la signification du jugement du tribunal de
commerce qui me condamne à payer1. Je voudrais bien que tu viennesb tout de suite pour l’envoyer à
Manière et savoir ce qu’on a à faire pour
arrêter ou pour se soustraire aux conséquences de cet arrêt. Malheureusement, tu peux
être retenu fort tard et je n’ose pas prendre sur moi de l’envoyer avant de t’avoir
vu.
Pauvre ami, voici le commencement de la suite des désagréments de notre
position. J’espère que nous aurons tous les deux le courage suffisant pour les
supporter.
J’ai bien envie de te voir pour te baiser, te caresser et t’adorer.
J’ai bien besoin de te voir pour nos vilaines affaires. Je t’attends avec bien de
l’impatience d’esprit et de cœur.
J.
1 Juliette Drouet avait été jugée par le tribunal de police correctionnelle le 8 décembre 1833. La décision, dont elle prit connaissance le 15, la condamnait à payer à Mme Ribot la somme de 8000 francs. Depuis, l’usurière la poursuit et Victor Hugo l’aide à rembourser ses dettes.
a « elle a emportée ».
b « tu vienne ».
« 5 décembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 185-186], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9692, page consultée le 25 janvier 2026.
5 décembre [1835], samedi soir, 8 h.
Mon cher petit bijou d’homme, je vous aime tant que je peuxa et je peuxb plus que vous n’en pouvez contenir.
Donc je vous aime trop. Je suis bien ravie que ces petits sorciers (commec
vous les appelez) aient gagné le fameux bonhomme dont ils ne feront qu’une bouchée
quoi que vous en disiez. J’en suis d’autant plus ravie que cela me fera peut-être
gagnerd aussi à moi quelques
instants de plus de bonheur parce [que] j’espère que vous viendrez
de bonne heure me prendre pour aller chercher le grand colosse de pain d’épice. Si
vous faites cela, je consens à porter le susdit bonhomme depuis le passage du Panorama
jusqu’à la rue des Tournelles. J’espère que c’est assez généreux comme cela.
Savez-vous une chose ? C’est que je vous aime et que je vous trouve fièrement gentil
et que je voudrais vous le dire bien bas, bien bas, afin de vous le dire de plus près.
Savez-vous ça ?
J’ai bien peur que vous ayez eu l’imprudence de perdre le nom de
ce bon monsieur sans lequel on ne peut pas le réclamer. J’ai
peur de perdre en même temps la seule chance qui me soit échue dans ce lot, celle
de
vous voir plus tôt qu’à l’ordinaire.
Ô, cinq décembre. Ô numéro treize.
Soyez-moi propicese et je promets de
ne vous oublier de ma vie et de vous aimer autant que mon Toto.
Juju
a « je peu ».
b « je peu ».
c « omme ». Confusion de la parenthèse et du « c ».
d « gagné ».
e « propice ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.
- 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
- 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
- 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
- 17 octobreLes Chants du crépuscule.
- 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.
