« 2 juillet 1850 » [source : MVH, α 8405], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d8160e88, page consultée le 01 mai 2026.
2 juillet [1850], mardi après-midi, 2 h.
Je suis gaillarde aujourd’hui, mon bien-aimé, et je t’attends sous les armes et toutes voiles dehors. Tâche qu’il n’y ait aucun empêchement de nous voir et d’aller ensemble tout à l’heure à l’académie, s’il y en a, et à l’assemblée ensuite. Il y a si longtemps que je suis privée de ce bonheur que j’en suis avide comme la terre de la pluie après six mois de sécheresse. Je t’attends, mon petit homme, dépêche-toi de venir.
Tu ne sais pas encore si tu parleras demain et si tes billets des tribunes hautes sont pour ce jour-là ? Je t’assure que pour t’entendre j’irais n’importe où et je ferais n’importe quoi, même des excuses à Lacombe. Ainsi tu juges quel serait mon bonheur si je pouvais avoir un poulailler quelconque[Dessina]a le jour où tu diras leur fait à tous ces hideux crétins de réactionnaires. En attendant j’aurais bien voulu avoir ton speach d’avant-hier. Malheureusement il faut que j’attende que tu me l’apportes, ce qui n’est pas très amusant. Car tu ne te pressesb guère en général et pout cela en particulier encore moins. Tâche, mon amour, de ne pas me faire tirer la langue trop longtemps. Il me semble même que pour l’académie tu es déjà en retard car il faut le temps d’y aller. Moi je suis prête et archi-prête et je vous adore.
Juliette
a Dessin
b « presse ».
« 2 juillet 1850 » [source : MVH, α 8406], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d8160e88, page consultée le 01 mai 2026.
2 juillet [1850], mardi après-midi, 2 h. ½
Pendant que tu festoyais de ton côté, moi je gobichonnais1 du mien. Il est vrai que mes jeunes convives étaient assez maussades. L’aîné des Krafft était malade, le jeune n’était pas en train et Vilain qui venait d’échapper au commissaire et aux cachots de l’Inquisition était tout CHOSE. Eugénie2 avait un redoublement de froideur et de taciturnité, et moi je n’étais pas précisément très drôle au milieu de toutes ces gaietés .…. sous-entendues. Enfin nous avons fini par dîner cependant et par savoir de Vilain la cause de sa nouvelle arrestation. Il paraît que ce sculpteur immodeste avait eu la témérité de prendre un des piliers de la rue Castiglione pour vespasienne, ce que voyant les sergents de ville pudiques lui ont mis la main sur le collet, sans égard pour le cousin Girault, et l’ont traîné malgré ses protestations d’innocence chez le commissaire du quartier, lequel le trouvant à son gré et de bonne prise ne voulait plus le lâcher, ce qui ne faisait pas le compte de ce pauvre Vilain qui déjà crevait de faim et qui pressentait que nous allions bâfrer sans lui. Grâce à la lettre de la chancellerie qui portait son nom, on lui a accordé la faveur d’un sursis à la condition qu’il se présentera au premier appel de la justice pour se voir condamner aux peines les plus atroces et à la déportation la plus sévère. Il était donné à ce jeune artiste plein de talent, mais trop facile à se déculotter devant la République française, d’inaugurer la salle d’asile des Îles Marquises. Pour ma part j’en suis bien aise et [illis.] que la mansuétude du gouvernement ne s’arrêtera pas à lui. Tremblez Toto, il faut que la vindicte publique soit satisfaite.
1 Gobichonner : festoyer, faire la bamboche.
2 Eugénie Drouet, la femme du sculpteur Vilain.
« 2 juillet 1850 » [source : Collection particulière], transcr. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d8160e88, page consultée le 01 mai 2026.
2 juillet [1850]1, mardi soir 10 h. ¼
Vous avez bien compté sans votre autre2, mon cher amour, pour lire vos moralités. Mais, surtout, vous aviez compté sans les autres péronnelles de toutes sortes qui ne m’ont pas laissé un instant de répit jusqu’à présent. Mme Triger et son [Il manque les pages 2 et 3] trouvé un appui, par un secours dans son pays après avoir consacré toute sa vie à des travaux, sinon utiles, au moins consciencieux. Pourquoi ne suis-je pas la providence !
Tu parles si j’ai eu le temps d’ouvrir ton armoire de fer ; du reste si cela pouvait rendre service à ce malheureux vieillard je suis toute prête à avaler d’ici à demain toutes les armoires les plus en fer y compris les verrous de sûreté. Je t’aime.
Juliette
1 Le calendrier perpétuel autoriserait aussi 1839 et 1844, mais cette lettre comble une lacune de 1850.
2 Compter sans son autre : ne pas avoir prévu l’imprévisible, jouer de malchance.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo compose de nombreux dessins dans l’atelier qu’il a installé chez elle
- 15 janvierDiscours de Hugo sur la liberté de l’enseignement.
- 5 avrilDiscours de Hugo contre la déportation.
- 18 maiAngelo tyran de Padoue est repris pour 14 représentations et 5 en 1851. La distribution est la suivante : Beauvallet est toujours Angelo, Maillart remplace Geffroy dans Rodolfo, Maubant remplace Provost dans Homodei. Les deux sœurs Félix jouent respectivement Catarina (Rebecca) et la Tisbé (Rachel).
- 21 maiDiscours de Hugo sur le suffrage universel.
- 9 juilletDiscours de Hugo sur la liberté de la presse.
- 4 décembreHugo, qui souffre de maux de gorge depuis plusieurs mois, se fait opérer de la luette.
