21 juillet 1852

« 21 juillet 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16371, f. 183-184], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8587, page consultée le 24 janvier 2026.

Bonjour, mon grand Victor, bonjour. Je t’envoie mon amour en guise de bouquet de fête parfumé de tout le bonheur de la journée d’hier, bonjour mon cher bien aimé, bonjour mon ineffable adoré, bonjour avec tous les baisers [saints ?] de la famille absente, bonjour avec tous les vœux ardents des amies éloignées qui désirent ton retour, bonjour avec toute l’admiration, toute la reconnaissance, toute l’adoration des opprimés, des proscrits et des souffrants dont tu es l’espoir, la consolation et le médecin suprême. Bonjour. Puisses-tu tirer bien vite ton pauvre cher fils des griffes du hideux Bonaparte1. C’est la prière que je fais au Bon Dieu tous les jours depuis que je connais le danger qu’il y aurait pour lui à rester en France une fois ton livre paru. Il est impossible que ce brave garçon ne comprenne pas ce qu’il y aurait d’absurde à donner une si belle proie à cet immonde Bonaparte et ce qu’il y aurait d’affreux à t’en laisser l’inquiétude. J’ai bon espoir, mon Victor bien aimé, et tu sais que rarement mes pressentiments me trompent quand il s’agit de toi et de tout ce qui intéresse ton cœur. Le bon Dieu ne voudra pas me tromper cette fois encore, je l’espère de toute ma foi en sa bonté, de tout mon amour pour toi.
Cher petit homme, nous avons joliment bien fait de faire notre petite promenade hier car voilà le temps bien gâté. Et puis, mon doux adoré, je sens que tu as besoin de rabibocher Charles et de l’encourager dans son travail. Aussi je serai très contente que tu ailles avec lui à Waterloo puisque l’occasion se présente de faire cette partie à frais communs avec Lanvin et Luthereau. Je sens qu’il serait presque impossible ayant si peu de temps devant nous de songer à me faire faire cette partie, aussi j’y renonce en te priant de profiter de l’occasion avec ton bon Charles et puis je t’aime mon Grand Saint Victor et puis je t’adore mon petit Toto.

Juliette


Notes

1 Après sa libération de la Conciergerie, le 16 avril 1852, François-Victor Hugo n’a pas rejoint son père à Bruxelles en dépit de la demande insistante de ce dernier. À Paris il vit auprès de sa maîtresse, la comédienne Anaïs Liévenne. Cette situation n’est pas sans inquiéter la famille et les proches.

Cette année-là…
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Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle accompagne Hugo en exil, en Belgique d’abord, à Jersey ensuite.

  • 5 janvierHugo s’installe au 16 de la Grand’Place à Bruxelles. Juliette habite chez ses amis Luthereau, galerie des Princes, 11 bis passage Saint-Hubert.
  • 1er févrierHugo s’installe au 27 de la Grand’Place.
    Charles, puis François Victor, rejoignent leur père.
  • 19 avrilMenacé d’expulsion, Hugo prend la décision de s’exiler à Jersey.
  • 8-9 juinVente du mobilier parisien de Hugo.
  • 31 juilletLa femme de Hugo, sa fille et Auguste Vacquerie arrivent à Jersey.
  • 1er aoûtEmbarquement à Anvers de Hugo, son fils Charles et Juliette Drouet, pour Jersey, via Londres.
  • 5 aoûtNapoléon-le-Petit publié à Bruxelles. Hugo, accompagné de son fils Charles et de Juliette, arrive en exil à Jersey.
  • 5 aoûtJuliette Drouet loge à l’hôtel du Commerce, puis à Nelson Hall, puis à l’Inn Richland, au Hâvre-des-Pas.
  • 16 aoûtHugo s’installe à Marine-Terrace avec les siens.