« 18 juin 1847 » [source : MVH, α 7924], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3740, page consultée le 24 janvier 2026.
18 juin [1847], vendredi matin
Bonjour et merci mon doux et ravissant bien-aimé. Je suis encore sous l’impression
de
ta gracieuse et charmante générosité d’hier. Il me semble qu’elle m’a rajeunie de
15 ans. Hélas, que cette aimable illusion n’est-elle une réalité ! Vous en verriez
de
drôles et de cruelles sous prétexte de reconnaissance. En attendant, votre ravissante
petite peinture rayonne sur mon papier taché de graisse et maculé de toutes sortes
de
choses hideuses, comme un joyau dans l’auge d’un pourceau. C’est beau et charmant,
mais c’est très sale et très dégoûtant. La première fois que vous serez un peu riche,
il faudra faire disparaître cette antithèse choquante et révoltante au dernier point
en couvrant mon mur d’une tenture plus propre, quelle qu’ellea soit. Même en papier, pourvu que
ce ne soit plus sale, c’est tout ce qu’il me faut.
Je n’ai pas eu la patience
d’attendre le jour de ta fête pour te donner ces quatre petites boîtes qui te
faisaient envie. C’est que j’avais plus de plaisir encore à te les donner que toi
à
les recevoir. Maintenant je suis ruinée et je n’ai plus rien à te donner pour ce
charmant saint Victor que mon amour canonise une seconde fois. D’ici là peut-être
trouverai-je quelque bonne Mme Triger pour [me] remettre à flot.
En attendant je ne peux que vous aimer à plein cœur et vous baiser à pleine bouche.
C’est ce que je fais avec une constance qui m’honore et me comble de joie.
Juliette
a « quelqu’elle ».
« 18 juin 1847 » [source : MVH, α 7925], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3740, page consultée le 24 janvier 2026.
18 juin [1847], vendredi après-midi, 2 h.
Très certainement, mon cher petit bien-aimé, j’irai te chercher tantôt à moins d’un
temps impossible, et encore je crois que cela ne pourrait pas m’arrêter tant j’ai
besoin de te voir. D’ailleurs il faut que je m’acquitte de ma commission le plus tôt
possible. J’ai à cœur de justifier votre confiance et de gagner votre argent. Je
serais doublement contente si je réussissais, puisque vous désirez ces quatre
bonshommes et que j’ai besoin de beaucoup d’argent dont je ne rendrai compte à
personne. Tantôt quand nous reviendrons à la maison, vous trouverez les feuilles de
paravent chez moi qui vous attendent.
Savez-vous que vous n’étiez pas très beau
tout à l’heure avec votre grande barbe ? Je trouve que vous me traitez un peu trop
sans façon et que vous pourriez bien me donner l’étrenne de votre RATISSEUR1 au lieu de la porter à un vieux BONNE homme de pair de France
que cela doit flatter médiocrement, à cause de la comparaison que l’on peut faire
de
leurs vieux groins GLABRES et GRIFFAGNEUX2 avec votre jeune museau brun. Une autre foisa vous aurez la bonté de garder votre
coquetterie pour moi toute seule et de garder pour la Chambre et autres lieux vos
airs
de sanglier domestique.
Juliette
1 Juliette désigne-t-elle ainsi le barbier ou le rasoir de Victor Hugo ?
2 Elle est très inventive en fait de néologismes, en particulier sur des dérivés de griffe.
a « autrefois ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.
- 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
- 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
- Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
- 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
- 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
- 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.
