« 10 décembre 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16361, f. 237-238], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12277, page consultée le 24 janvier 2026.
10 décembre [1845], mercredi matin, 9 h. ¾
Bonjour, mon petit Toto chéri, bonjour, mon cher petit bien-aimé,
bonjour, mon cher petit déchireur de papier, bonjour, comment allez-vous
ce matin ? À quelle heure votre Chaumontel aujourd’hui ? Je conviens que vous l’imitez à ravir et qu’on
croirait à s’y méprendre que c’est un pur et vrai Chaumontel. Dorénavant
je vous prie de ne pas me juger si défavorablement et de me dire tout de
suite vos motifs pour vous moucher dans les
journaux et pour en faire des petites boulettes. Je vous assure que mon
intelligence était de force à comprendre votre explication. Il
n’esta pas besoin
pour cela d’avoir eu plusieurs médailles et plusieurs couronnes
académiques. Rambuteau
lui-même, tout RambuTOR qu’il est, l’aurait compris à la première vue.
Vous faites infiniment trop d’honneur à ma stupidité, car elle n’atteint
pas tout à fait les dernières limites du genre.
Jour, Toto, jour, mon cher petit
o, je vous aime. Il fait bien beau, mais il fait bien froid. Le
temps vous ressemble, vous êtes absolument comme lui au physiqueb et au moral, vous êtes bien beau mais vous êtes encore plus froid. C’est égal, baisez-moi et tâchez de vous réchauffer un
peu à mon feu et à mes FLAMMES. Je vous le
permets, entendez-vous. Cher bien-aimé, je t’adore.
Juliette
a « il n’ait ».
b « phisique ».
« 10 décembre 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16361, f. 239-240], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12277, page consultée le 24 janvier 2026.
10 décembre [1845], mercredi soir, 4 h. ¾
À quoi pensez-vous donc, mon cher petit bien-aimé, de ne pas venir plus
vite que ça ? Savez-vous que vous abusez trop du Chaumontel ? Le Chaumontel est comme la vertu, il en
faut mais pas trop n’en faut. Je vous déclare que je suis depuis
longtemps déjà au bout de ma patience et de mon courage. Si vous ne vous
dépêchez pas de venir, je ne sais pas ce que cela deviendra. En
attendant, j’ai des facteurs qui m’apportent des étrennes. C’est flatteur mais peu consolant, car j’entrevois à
travers mon almanach, plus ou moins de CABINET, toute la kyriellea des étrennes à donner, ce qui n’est pas très drôle pour des
gens aussi peu ferrés que nous. Vous voyez,
mon cher petit Toto, que j’ai bien besoin que vous veniez me rabibocher
de tous mes ennuis. Je continue à ne pouvoir pas mettre de chaussure, ce
qui me contrarie on ne peut pas plus, car j’aurais voulu pouvoir aller
au mail t’acheter du raisin et des poires. Mais à l’impossible, aucune
Juju n’est tenue, ce qui ne m’empêche pas de rager tout mon saoul.
Mon Victor chéri, je t’attends, je t’aime, je t’adore, je te désire.
Juliette
a « kirielle ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
