« 25 juin 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16355, f. 191-192], transcr. Mylène Attisme, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11716, page consultée le 26 janvier 2026.
25 juin [1844], mardi, midi
Je t’écris bien tard, mon cher adoré, mes fraises en sont la cause. La bourriche est
arrivée à huit heures et j’ai eu la précaution de l’ouvrir tout de suite pour les
trier et mettre de côté pour toi toutes les plus belles et les plus saines. Je ne
peux
pas te dire quelle joie me causait chacun de ces monstres en pensant aux bonnes
petites gueules qui devaient les engloutir. Tu es au fond de toutes mes pensées et
de
toutes mes actions, toutes mes joies me viennent de toi. Tu es ma vie-même. Si tu
savais combien c’est vrai, mon adoré, tu ne pourrais pas t’empêcher de m’aimer de
toute ton âme et de me préférer à toutes les autres femmes, même les plus jeunes,
les
plus belles et les plus spirituelles. Tu serais heureux et fier d’un amour aussi
complet, aussi ardent, aussi fidèle, aussi dévoué, aussi passionné que le mien. Mon
bien-aimé, mon bien-aimé, sois béni dans tous ceux que tu aimes. Sois heureux, je
t’adore. Je voudrais mourir pour toi.
Tâche de revenir tout à l’heure, mon
Victor chéri. C’est un si grand bonheur pour moi de te voir. Il me semble que mon
cœur
s’épanouit comme un bouquet.
Juliette
« 25 juin 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16355, f. 193-194], transcr. Mylène Attisme, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11716, page consultée le 26 janvier 2026.
25 juin [1844], mardi soir, 7 h. ¼
Mon ravissant petit homme, mon beau, mon noble, mon charmant, mon adoré Toto, tu es
ma joie, mon bonheur et ma vie, je t’aime.
Je voudrais que tu aies bien faim,
bien faim ce soir de bonne heure pour te forcer à revenir bien vite auprès de moi.
J’espère que les bonnes fraises t’ouvriront l’appétit et que tu seras forcé de venir
dévorer beaucoup plus tôt que d’habitude.
Vous savez que je suis indigne de votre
férocité pour les verres qui ne sont pas verts mais piqués des vers, monsieur
l’académicien. [Dessina]. Soyez tranquille, quand les vôtres me tomberont sous la griffe, vous verrez
comme je les arrangerai. Vous regretterez de m’avoir exaspéréeb, mais il ne sera plus temps, ce sera
bien fait, vous n’aurez que ce que vous méritez. Vous pleurerez des larmes de sang
mais je serai sans pitié pour vous comme vous l’avez été pour moi. Je veux que ce
soit
effrayant ! Y compris mon dessin qui doit vous faire dresser les cheveux d’admiration.
Je ne me suis point laissée influencer pas les classiques comme Mme Dubufec1. J’ai conservé toute ma naïveté primitive et cette
gaucherie charmante que la sienne ne saurait vous donner. Voime, voime, mais je suis furibonde et je voudrais
me venger tout de suite.
Juliette
1 Possible allusion à la sculptrice Juliette Dubufe (1819-1855).
a Juliette
jette ses vers à la tête de Victor.

b « exaspérez ».
c « Dubuffe ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
