« 24 mars 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16354, f. 325-326], transcr. Chadia Messaoudi, rév. Chantal Brière et Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11647, page consultée le 23 janvier 2026.
24 mars [1844], dimanche matin, 10 h.
Bonjour mon Toto bien aimé, bonjour mon adoré petit homme, bonjour, comment va ta
poitrine ce matin ? Ce ne sera pas sérieux je l’espère mais il est toujours triste
de
te savoir souffrant. Il faut venir boire de ta tisanea souvent, cela te calmera ta petite poitrine et moi cela me fera
du bien au cœur. Tu as oublié ton bouquet cette nuit, mon amour, je le regrette parce
que je voudrais que tu en profitassesb dans sa première fraîcheur. Il est très bien fait et très
joli, c’est pour cela que j’ai tant de plaisir à te le donner. Car vous savez, mon
Toto, que c’est moi qui vous le donne et non ma
péronnelle1.
Justement la voici qui revient de la messe. Elle m’apporte un bouquet de
primevères qu’elle a acheté à la porte de l’église. Je ne veux pas la gronder pour
ce
petit excès de fleurs parce que je sens que c’est un grand plaisir pour elle que de
me
les donner. Il faut savoir accepter ces petites joies d’enfant même quand elles ne
sont pas raisonnables. La raison est une grognon qui viendra toujours assez tôt pour
elle. Bonjour, mon petit Toto chéri, bonjour mon amour adoré, bonjour je vous défends
d’être malade ou je vous ficherai des coups. Je n’entends pas ça, moi. J’ai besoin
d’un homme bien portant. Mettez cela à la sauce que vous voudrez mais c’est comme
cela. Aimez-moi, baisez moi cher petit, buvez de la tisanec et ne souffrez pas, je vous
l’ordonne.
Juliette
1 Sa fille, Claire Pradier
a « tisanne ».
b « profitasse ».
c « tisanne ».
« 24 mars 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16354, f. 327-328], transcr. Chadia Messaoudi, rév. Chantal Brière et Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11647, page consultée le 23 janvier 2026.
24 mars [1844], dimanche après-midi, 5 h.
Mon cher petit homme bien aimé, je suis sous les armes, je vous attends avec mon pot
de tisaneanouvelle d’une main et ma gomme arabique1 de l’autre. Du reste, je suis seule avec ma péronnelle qui n’a pas l’air de s’en plaindre. Il va sans dire que tu
n’es pas quelqu’un, toi, et que je ne te dis pas une naïve
grossièreté en te disant cela.
J’ai reçu une lettre de Mme Luthereau, je t’attends pour
l’ouvrir. Je suppose que c’est pour me dire qu’elle ne viendra pas aujourd’hui, ce
que
j’aurais vu de reste. Bonjour Toto, ne soyez pas malade, ne soyez pas coquet ou je
vous fiche des coups. Je n’ai pas besoin, moi, que vous cherchiez à plaire à d’autre
qu’à moi et je ne veux pas passer ma vie à me tourmenter sur votre santé. Pauvre ange
du bon Dieu, ce ne sont pas mes tourments qui me tiennent au cœur, c’est parce que
je
ne peux pas supporter la pensée que tu souffres. Ta santé c’est ma vie. Soigne-toi
bien mon bon petit homme adoré pour te guérir bien vite. Tâche de venir boire un peu
de tisaneb, cela te fera du bien.
J’en ai là de toute prête et puis j’ai des baisers et des caresses tout plein mes
lèvres qui ne demandent qu’à se répandre sur toute ta chère petite
[carcasse ?].
Juliette
1 Gomme arabique : Médicament à base de sève provenant d’un tronc d’arbre.
a « tisanne ».
b « tisanne ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
