« 23 janvier 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16354, f. 85-86], transcr. Chadia Messaoudi, rév. Chantal Brière et Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11584, page consultée le 26 janvier 2026.
23 janvier [1844], mardi matin, 10 h. ¾
Bonjour, mon petit Toto bien aimé. Bonjour taquin, bonjour méchant, bonjour scélérat
d’homme. Comment allez-vous ce matin ? J’espère que je vous ai proposé de fameuses
énigmes hier. Il a fallu toutes ma bonté pour vous aider et pour vous tirer d’embarras
en vous soufflant mot à mot ce que vous auriez dû savoir. Une autre foisa je ne serai pas aussi complaisante,
je vous en préviens et je vous laisserai au milieu de vos deux gribouillis quotidiens
le nez par terre. À propos de nez je crois que vous m’avez
emporté mon mouchoir cette nuit. S’il n’est pas dans mon armoire, vous l’avez. Tâchez
de me le rapporter. Il est brodé et marqué à mon nom et votre blanchisseuse ne vous
le
rendraitb pas. C’est aujourd’hui
que je vais savoir si la fameuse caisse est flambée. Rien ne
peut me contrarier davantage, en dehors de nous, que cet incident peu romanesque.
C’eût été moi probablement la mystification aurait eu lieu la même chose. Mais, malgré
que j’en aie, je ne peux pas croire qu’il n’y ait pas un peu de la faute de ces
infortunés blaireux de Lanvin. Enfin, il faudra pourtant que je me résigne
à cette nouvelle infortune mais je dois avouer que ce ne sera pas sans peine.
Tu
auras sans doute une dernière entrevue avec ce pauvre M. Nodier ? Ce sera pénible
pour
toi, mon pauvre bien-aimé, car tu l’aimais depuis longtemps. Je te plains. Pense à
moi
mon Toto adoré, pense que tu es ma vie, mon espoir, ma religion et mon Dieu. Je
n’aime, je n’espère et je ne crois que toi et qu’en toi.
Juliette
a « autrefois ».
b « rendrais ».
« 23 janvier 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16354, f. 87-88], transcr. Chadia Messaoudi, rév. Chantal Brière et Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11584, page consultée le 26 janvier 2026.
23 janvier [1844], mardi soir, 11 h.
Mon cher petit bien-aimé, je t’attends, je te désire et je t’aime. Je trouve le
temps bien long même quand je ne suis pas seule. Je sais que tu es allé ce soir chez
ce pauvre docteur Parent. J’ai vu la mère
de Mme Guérard
qui me l’a dit. Elle venait savoir de mes nouvelles mais ça m’est égal tout cela.
C’est toi que je veux, je me fiche de tout et de tout le monde. Ce qui m’intéresse,
ce
que je désire, ce que je veux, c’est toi mon Toto. La mère Lanvin m’a demandé de voir Marie Tudor, je le lui ai promis en ton nom. Tu ne peux guère refuser ces
pauvres gens que nous dérangeons à chaque instant. Je suis même sûre que pour ravoir
la susdite caisse1, ou l’équivalent, il y aura
beaucoup de tirage. Et puis d’ailleurs la peine que se donne le cousin Félix pour mes cadres mérite bien quelques
encouragements. Ainsi, c’est dit. Tu me donneras un petit mot pour Lireux que je leur donnerai et qui les comblera de
joie. Il faudra, mon pauvre adoré, que tu me mènes voir Mme Pierceau le plus tôt que tu
pourras. Ne fût-cea même pas un
acte de charité chrétienne qu’il faudrait de toute nécessité me faire sortir car il
y
a plus d’un mois que cela ne m’est arrivé et que je crève dans ma peau faute d’air
et d’exercice.
Baisez-moi dans toute son acception. Je vous l’ordonne.
Juliette
1 Juliette a envoyé une caisse à sa sœur et son beau-frère qu’ils n’ont pas encore reçue.
a « fusse-ce ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
