« 6 novembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 19-20], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11528, page consultée le 24 janvier 2026.
6 novembre [1843], lundi matin, 10 h.
Bonjour mon cher petit bien-aimé. Bonjour, bonjour je t’aime. Comment vas-tu, mon
adoré ? Moi j’ai un grand mal de tête mais je sais à quoi cela tient. Vous n’avez
pas
tenu compte de mes prières et de mes avertissements, ça fait que vous arriverez trop
tard, en supposant que vous arriviez, ce dont je doute très fort à présent. Claire
est
repartie il n’y a pas longtemps. Lanvin est
venu la chercher tard et il avait encore les rideaux du cabinet à déposer auparavant
de s’en aller. Quant à la reconnaissance il m’a dit qu’il ne pourrait l’aller chercher
que demain. Voilà, mon petit Toto, les grandes nouvelles de ce matin.
Je suis
très contente de ma fille ; Dieu veuille que cela se soutienne ainsi toujours. Puisque
tu y consens, mon cher petit bien-aimé, je vais faire venir le fameux Jacquot. Ce sera une surprise pour la première fois
qu’elle viendra. Et puis, en même temps, un débarras pour ma pauvre sœur qui a bien
assez de ses trois enfants et de son mari pour l’occuper. Je vais lui écrire tout
à
l’heure.
Je voudrais bien vous baiser à la place des choses insignifiantes que je
vous gribouille dans ce moment-ci. Mais, hélas ! vous ne vous prêtez pas beaucoup
à
cette fantaisie. Plus nous allons en avant et moins vous vous prêtez à mes exigences.
C’est logique mais ça n’est guère encourageant. Taisez-vous. Si je vous offense c’est
votre faute. On ne laisse pas une pauvre femme tout un grand mois sans lui donner
de
ses nouvelles. Vous mériteriez que je vous dise toutes sortes de gros mots. Je ne
vous
en dis que deux : je t’aime.
Juliette
« 6 novembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 21-22], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11528, page consultée le 24 janvier 2026.
6 novembre [1843], samedi soir, 4 h. ½
Je t’attends toujours, mon pauvre bien-aimé, et je t’aime toujours. Voilà les deux
occupations de ma vie. Je ne m’en plains pas car telle que tu me la fais la vie, je
la
bénis et je demande au bon Dieu de me la conserver toujours ainsi si tu m’aimes.
La journée a été assez belle aujourd’hui et j’en suis doublement contente à cause
de
tes vieilles bottes. J’ai écrit justement à Dabat aujourd’hui de t’en faire une paire à Liège. J’ai écrit aussi à
Brest. Ainsi, le sort en est jeté, et dans quelques jours nous serons augmentés d’un
Jacquot gris. Je crains que Cocotte et lui ne fassenta pas bon ménage et qu’il ne faille les
séparer au plus vite. Dans ce cas-là, je demanderai un asileb à Dédé pour l’un des deux, celui qui sera le moins maussade. Ma pauvre
péronnelle est loin de s’attendre à cette surprise. Quant à celle du cabinet de
toilette je ne crois pas qu’on puisse la lui faire avant la fin de l’année prochaine.
Les Lanvin et les dégraisseurs n’aident pas
beaucoup à dépêcher la chose. Suzanne est
allée dans ce moment-ci lui porter les rideaux à faire blanchir. Moi je t’écris au
clair de lune avec un mal de tête fou et un feu qui ne veut pas s’allumer. Je vais
m’approcher de la fenêtre sous prétexte d’y voir plus clair mais en réalité il fait
nuit noir partout.
Je ne suis pas bonne à grand-chose ce soir, mon adoré. J’ai
une migraine atroce. Il est vrai que pour l’usage que vous en faites de ma santé,
peu
importe comment elle est. Il y en aura toujours de trop pour votre consommation
habituelle. Taisez-vous vilain et baisez-moi.
Juliette
a « fasse ».
b « azile ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
