« 23 septembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 143-144], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10751, page consultée le 23 janvier 2026.
23 septembre, samedi matin, 8 h. ¾
Bonjour, mon bien-aimé, bonjour, mon Toto chéri. Comment va ton pauvre œil et ton
pauvre genoua ? Quand je pense à ce
qu’aurait pu être cet accident si Dieu n’avait pas eu pitié de nous, j’en suis toute
effrayée et toute bouleversée. Nous sommes dans une veine d’affreux malheur, mon
pauvre adoré, c’est pour cela que je te conjure à genoux d’avoir de la prudence en
toute chose. [illis.] Mais, mon adoré, si tu étais malade loin de moi ? Je n’ose pas y
penser, la crainte seule m’est insupportable.
Tu as vu, mon pauvre bien-aimé,
comment je faisais ton [illis.] et te frictionner avec. Ce soir je t’en ferai pour
ici.
C’est bien long, mon Dieu, d’attendre jusqu’à ce soir pour savoir comment tu
vas. Le bon Dieu n’est pas juste de séparer deux [causes ?] qui
s’aiment tant. Je ne vois que par toi et que pour toi, mon bien-aimé. Juge de ce que
je dois souffrir loin de toi, surtout quand je te sais triste et souffrant. Soigne-toi
bien, mon Toto adoré, ne fais pas d’imprudence. Tâche de venir bientôt et aime-moi.
Je
le mérite bien, va.
J’ai envoyé ton paquet tout de suite ce matin chez la mère
Lanvin. J’ai voulu que ces pauvres gens
profitent de ta bonté tout de suite. Pauvre ange, quand j’y pense, apporter cet énorme
paquet toi-même et blessé encore. Je suis pénétrée d’admiration, de respect et
d’adoration, mon Victor si doux et si noble. Ne fais pas attention à la manière dont
je t’écris tout ce que je sens pour toi, mon adoré. Je ne sais pas me servir des mots
mais les saints et les anges ne sauraient mieux aimer Dieu que je ne t’aime.
Je
baise ton pauvre œil et ton pauvre genoub.
Juliette
a « genoux ».
b « genoux ».
« 23 septembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 145-146], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10751, page consultée le 23 janvier 2026.
23 septembre, samedi soir, 7 h. ¼
Que tu es bon, mon adoré, d’être venu tout à l’heure, que je te remercie et que je t’aime, mon cher, cher, toujours plus cher bien-aimé. Ta pauvre petite jambe ne me paraît pas pire qu’hier et quanta à ton œil, j’espère que d’ici à deux ou trois jours ce sera passé. Ce qui me tourmente bien sérieusement, mon cher adoré, c’est l’abattement dans lequel je te vois. Ce soir tu avais tes pauvres petites mains brûlantes et quoi que tu en dises, mon Toto, je crois que tu as de la fièvre. D’ailleurs toute ta ravissante petite personne est tellement dévastée par le chagrin qu’il est impossible de ne pas s’apercevoir que tu souffres et que tu t’abîmes dans ta douleur au-delà des forces humaines et au-delà de la raison. Que deviendrontb ceux qui t’aiment, que deviendrai-je moi, mon adoré, si tu tombes malade ? Par pitié pour moi, mon cher ange, aie pitié de toi-même et ne te laisse pas aller au désespoir et au dépérissement comme tu le fais. Tous les jours nous rapprochent de la bien-aimée que nous regrettons. Peut-être sommes-nous plus proches de la revoir que nous ne le pensons. Il faut donc avoir du courage et de la résignation. Tu l’as dit bien souvent : le bon Dieu sait ce qu’il fait et s’il le fait, il n’a pu vouloir que le bonheur de ta fille adorée et bientôt le nôtre aussi. Celui-là, rien ne le troublera plus, je l’espère ; nous ne nous quitterons plus jamais et je pourrai t’aimer sans contrainte, mon pauvre adoré, pendant toute l’éternité. En attendant, je souffre avec toi et je t’adore, mon pauvre ange bien-aimé.
Juliette
a « quant à ».
b « deviendrons ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
