« 25 janvier 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 31-32], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.82, page consultée le 24 janvier 2026.
25 janvier [1836], lundi matin, 9 h.
Bonjour mon cher bien-aimé, j’espère que tu as passé une bonne nuit, pauvre petit
homme. Vous ne l’auriez pas volé car vous étiez bien las hier au soir. Dites donc
je
vous aime mon cher petit homme chéri, mon pauvre petit ouvrier, je t’adore.
Je
me suis réveillée bien plus tôt que d’habitude aujourd’hui et je n’en suis pas fâchée
parce que c’est plus de temps que j’aurai à penser à vous et à vous aimer. Dis donc
mon cher petit Toto, ne va pas oublier que c’est aujourd’hui à cinq heures que notre
pauvre Clairon arrive et qu’il est de la
plus grande importance que nous voyions le Barthès à ce moment-là. N’oublie pas non plus le beau livre, si ce n’est pour l’enfant, au moins pour la mère qui sera ravie et
reconnaissante de ce nouveau don de toi. Je te recommande toutes ces choses comme
si,
lorsque tu liras cette lettre, il n’était pas tout à fait impossible de réparer les
oublis que tu aurais faits dans la journée. Mais j’ai pris l’habitude de parler à
ce
morceau de papier comme à toi. L’illusion n’est cependant pas complète et mon pauvre
cœur n’est pas aussi facilement dupe que mon esprit. Il m’est impossible de croire
que
les baisers que je te donne en paroles me soient aussi doux au cœur et aux lèvres
que
ceux que je te donne de bouche à bouche. Je ne poursuis pas plus avant la
comparaison……………….a
Mais si tu sens aussi vivement que moi que la présence de l’être aimé est tout
le bonheur de la vie, tu viendras très tôt. Ce ne sera d’ailleurs qu’une juste
compensation à la journée d’hier.
Je t’aime, mon Victor. Je t’aime quoique tu ne
m’écrives pas de lettres charmantes.
Je
m’aperçoisb à présent que vous
avez oublié vos lettres. Cela m’afflige comme une déception. Vous ne vous en êtes
peut-être pas même aperçuc.
J.
a Les points courent jusqu’au bout de la ligne.
b « apperçois ».
c « apperçu ».
« 25 janvier 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 33-34], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.82, page consultée le 24 janvier 2026.
25 janvier [1836], lundi soir, 8 h. ¾
Je t’écris au milieu du serin inextinguible de Clairon et de Turlurette. Je
ne sais plus où j’en suis. J’avais perdu l’habitude de ces gaietés sans raison, de
ces
explosions de rires sans motifs. Je suis tout étourdiea. Enfin, m’y voilà, je t’aime. Je t’aime. Je t’aime, je
le sens plus que je ne l’ai encore senti.
J’ai cru un moment que tu étais fâché
tantôt contre moi de ce que mes joues avaient eu le contact des lèvres de ce vieux
stupide mais je te le répète, mon amour, la joie de voir ma pauvre fille m’a fait
perdre un moment le sentiment de répulsion que j’éprouve à la vue de ce vieux
bonhomme1. Depuis que tu m’as
quittée, j’ai visité le coffre de la petite, j’ai écouté tous ses petits contes, nous
avons dîné un peu plus longuement qu’à l’ordinaire, puis enfin je viens à toi que
je
n’ai pas quitté, ni de la pensée ni du cœur, pour te dire ce que tu sais aussi bien
que moi mais que j’aime à te répéter, je t’aime.
Vous n’êtes pas revenu, mon
cher petit homme. Est-ce que vous avez été faire la cour à MmeVolnys ? Je vous préviens que je suis très
jalouse et par conséquent très amoureuse, et que je veux que vous soyez toujours à
moi
seule, entendez-vous ? Je t’aime, ma joie, je t’adore.
a « toute étourdie ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
